Cameroon

Cicam : une relance à 70,2 milliards FCFA, entre ambition industrielle et incohérences stratégiques

Le gouvernement camerounais projette d’injecter 70,2 milliards de FCFA dans la relance de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), dans le but de sextupler sa capacité de transformation du coton d’ici 2030. L’annonce, extraite du rapport 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), s’inscrit dans le cadre plus large de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui ambitionne de transformer localement la moitié de la production nationale de coton, estimée à terme à 600 000 tonnes par an. Une relance d’envergure, mais dont la cohérence interroge déjà.

L’enjeu affiché est clair : reconstruire une filière coton-textile-confection capable de répondre à la demande nationale, notamment en fournissant l’armée, la police et les grandes administrations en tenues confectionnées à partir d’au moins 60 % de coton local. Ce virage industriel vise également à freiner la domination des produits chinois, ouest-africains et de la friperie, qui ont relégué la Cicam à un modeste 5 % du marché local, loin de son ancien monopole estimé à près de 80 %. En toile de fond, la volonté de réindustrialisation se heurte pourtant à une série d’obstacles structurels que cet investissement massif pourrait ne pas suffire à lever.

L’une des principales zones d’ombre concerne le coût réel de la restructuration de la Cicam. Une étude stratégique commandée par le ministère de l’Industrie au cabinet Mazars, et présentée en juillet 2023, estimait les besoins de financement entre 30,7 et 48,2 milliards de FCFA, selon que l’on opte pour une privatisation partielle ou une restructuration publique complète. Dès lors, comment justifier un investissement public de plus de 70 milliards, soit presque le double des estimations les plus élevées ? Le risque d’un mauvais calibrage des priorités, ou d’un détournement de fonds sous couvert de relance industrielle, n’est pas à exclure.

Sans transparence sur les postes de dépenses, ni plan d’exécution détaillé, l’annonce de ce projet massif ressemble davantage à un effet d’annonce qu’à une stratégie rigoureusement pensée. En l’absence de réformes structurelles sur la gouvernance, la compétitivité et la lutte contre les importations frauduleuses, la renaissance de la Cicam pourrait n’être qu’un mirage de plus dans le désert industriel camerounais.

Gilles Noubissi

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