Le Cameroun a multiplié par cinq le nombre de ses contribuables en dix ans, passant de 80 000 en 2014 à 400 000 en 2024. Un bond impressionnant, salué par le ministre des Finances Louis Paul Motaze devant les députés. Pourtant, derrière ce progrès se cache une réalité moins reluisante : l’objectif d’un million de contribuables d’ici 2026, fixé par la Stratégie nationale de développement (SND30), semble aujourd’hui difficilement atteignable. Il faudrait convaincre 600 000 nouveaux contribuables en deux ans, un rythme plus de dix fois supérieur à la moyenne actuelle.

Le frein principal reste le poids écrasant du secteur informel, que le ministre lui-même qualifie de persistant. Malgré des initiatives visant à inciter les acteurs économiques à se formaliser (accès au financement, incitations fiscales, simplification des démarches) les résultats sont jugés “mitigés”. Une partie importante de l’économie nationale continue d’échapper aux filets de l’administration fiscale, et avec elle, une manne financière pourtant essentielle à un État en quête de marges budgétaires.
Pourquoi les petits entrepreneurs, artisans ou commerçants hésitent-ils à franchir le pas ? La peur d’une fiscalité écrasante, le manque de garanties contractuelles dans les affaires et la complexité des procédures restent des obstacles majeurs. À cela s’ajoute un climat de défiance envers une administration perçue comme peu transparente, voire punitive. Résultat : de nombreux Camerounais préfèrent rester dans l’ombre, quitte à renoncer à la protection juridique et à l’accès aux financements formels.
Le défi est donc politique autant que technique. Tant que l’État n’offrira pas un environnement plus prévisible, plus équitable et plus favorable à la croissance des petites entreprises, les appels à la formalisation resteront lettre morte. Dans un contexte de pression budgétaire croissante, la course contre la montre pour élargir l’assiette fiscale s’annonce plus ardue que jamais.