Coup de théâtre à Yaoundé. Le très attendu sommet conjoint CEMAC/CEEAC, prévu pour le 18 juillet 2025 dans la capitale camerounaise, vient d’être reporté sine die sur décision du président Paul Biya, annoncée le 10 juillet par le secrétaire général de la présidence. Ce sommet extraordinaire devait sceller l’avenir institutionnel de l’intégration régionale en Afrique centrale, en réunissant une vingtaine de chefs d’État de la CEMAC, de la CEEAC et de la région des Grands Lacs. Aucun motif officiel n’a été avancé, mais des sources proches du dossier évoquent l’indisponibilité du chef de l’État camerounais, dans un contexte politique national marqué par une présidentielle sous tension.

L’organisation de cet événement avait pourtant franchi tous les jalons logistiques et diplomatiques. À Douala, le président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o, avait personnellement supervisé les derniers préparatifs aux côtés d’une équipe d’experts. Le sommet devait marquer un tournant historique dans la rationalisation des deux principales organisations économiques sous-régionales, un processus crucial pour la stabilité, la libre circulation et la coopération sécuritaire dans une Afrique centrale fragilisée.
Mais le choix du report, sans date de reprogrammation, jette un trouble. Il ravive les doutes sur la volonté réelle d’intégration politique dans une région où les intérêts nationaux freinent souvent les dynamiques collectives. Surtout, ce contretemps diplomatique survient à un moment critique où la scène intérieure camerounaise est elle-même sous pression : à quelques mois d’une présidentielle incertaine, l’agenda politique semble avoir pris le pas sur les priorités régionales.
Ce silence officiel sur les raisons du report nourrit les spéculations et affaiblit le crédit du Cameroun, censé jouer un rôle pivot dans la relance de l’unité régionale. Pour de nombreux observateurs, ce faux départ illustre une fois de plus la difficulté des États d’Afrique centrale à dépasser les calculs politiques immédiats pour construire une vision commune à long terme.
