Cameroon

Douala 2ème : Denise Fampou accusée par ses propres conseillers RDPC de saboter la campagne de Paul Biya

À moins de deux mois de la présidentielle du 12 octobre 2025, une crise éclate au sein même du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) dans l’arrondissement de Douala 2ème. Dans une note adressée au ministre d’État, secrétaire général à la Présidence de la République, plusieurs conseillers municipaux accusent leur maire, Denise Fampou, d’entraver la campagne du président sortant Paul Biya en orchestrant des opérations de démolition impopulaires. L’une d’elles, menée le 11 juillet sur le site du “Marché des Femmes”, coïncidait avec la convocation du corps électoral, alimentant la colère des commerçants et la suspicion au sein du parti.

Les élus locaux dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire de la maire, évoquant une “casse brutale” opérée sur un terrain pour lequel des titres fonciers existeraient, en contradiction avec les prérogatives du conseil municipal. Ils accusent en outre l’édile d’avoir attribué de manière opaque la construction du marché de la Gare de New-Bell à un conseiller municipal, Bernard Fiagam, en violation flagrante de plusieurs textes légaux. Résultat : un marché achevé, des emplacements évalués en milliards, mais aucune recette enregistrée dans les caisses de la commune, selon les plaignants.

Au cœur de cette polémique, se dessine un double enjeu : d’une part, la légitimité foncière et la transparence de la gestion des marchés municipaux ; d’autre part, les répercussions politiques d’une gouvernance contestée en pleine période électorale. Pour les conseillers RDPC, ces tensions internes fragilisent la crédibilité du parti au pouvoir auprès des populations locales, déjà éprouvées par la précarité et l’instabilité économique. Ils craignent que les actions de la maire alimentent un sentiment d’abandon et nuisent directement à la réélection de Paul Biya, pourtant présenté comme leur candidat incontestable.

En sollicitant l’intervention directe de la présidence, ces élus affichent une volonté de se démarquer des pratiques qu’ils jugent illégales, tout en réaffirmant leur loyauté au chef de l’État. Mais cette offensive révèle surtout les fractures qui traversent le RDPC à l’échelle locale : entre la discipline affichée à l’égard du président et les rivalités de pouvoir qui minent la base militante. Un signal inquiétant pour un parti qui, malgré son hégémonie, doit composer avec ses propres contradictions à l’approche d’un scrutin décisif.

Gilles Noubissi

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