Cameroon

Glencore sanctionné, mais au Cameroun les complices restent invisibles

Le Cameroun vient d’obtenir une victoire judiciaire inédite contre le géant anglo-suisse du négoce Glencore, condamné à payer plus de 11 000 milliards de FCFA pour droits et taxes détournés, ainsi que pour des surfacturations dans le cadre de contrats pétroliers. Une somme vertigineuse qui, si elle est effectivement recouvrée, représenterait une manne financière historique pour le pays. Mais derrière ce chiffre record se cache un dossier explosif de corruption systémique, impliquant la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Sonara et des responsables politiques locaux, dont aucun n’a pour l’instant été inquiété.

L’affaire, révélée dès 2022 par la justice britannique puis portée sur la scène nationale par l’avocat Akere Muna, met en lumière la mécanique bien huilée de la corruption dans le secteur pétrolier camerounais. Glencore a reconnu avoir versé au moins 21 millions de dollars de pots-de-vin entre 2006 et 2014, dont une partie destinée à sécuriser des contrats avantageux auprès de hauts responsables de la SNH et de la Sonara. Si la justice internationale a agi avec fermeté, infligeant déjà une amende de 276 millions de livres sterling à la multinationale, la justice camerounaise brille, elle, par son silence face aux complices locaux.

Ce contraste alimente la colère de l’opinion publique : comment comprendre que le Cameroun puisse réclamer 11 000 milliards FCFA à Glencore sans que les fonctionnaires et dirigeants ayant accepté les pots-de-vin ne soient inquiétés ? Cette impunité nourrit l’idée d’un État sélectif dans sa lutte contre la corruption, prompt à frapper fort contre l’étranger mais frileux à sanctionner ses propres élites. En mai 2024, Paul Biya avait donné mandat aux autorités de coopérer avec la justice britannique. Mais, plus d’un an après, aucune mise en examen d’un responsable camerounais n’a été annoncée.

Ce scandale marque certes un tournant : jamais le Cameroun n’avait obtenu une condamnation financière d’une telle ampleur contre un mastodonte du négoce mondial. Mais sans poursuites internes, cette victoire risque de n’être qu’un trompe-l’œil. Le pays pourrait encaisser une somme colossale sans que la culture de la prédation et du clientélisme, qui gangrène son secteur pétrolier, ne soit réellement remise en cause. Autrement dit, l’affaire Glencore met le Cameroun face à un dilemme historique : transformer ce jugement en acte fondateur d’une gouvernance nouvelle, ou ajouter un énième scandale à la longue liste des occasions manquées.

Gilles Noubissi

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