Economy

Investissement privé : un bilan mitigé et une réforme sous pression

Engageant 7 500 milliards de FCFA pour 168 000 emplois promis, la loi camerounaise de 2013 sur l’incitation à l’investissement privé affiche un bilan bien moins enthousiasmant qu’annoncé, poussant le gouvernement à engager une refonte complète du dispositif. Devant les députés, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, a reconnu que les résultats restent « loin des ambitions » et que la modernisation du cadre juridique n’est plus un choix, mais une nécessité, d’autant que la révision est exigée par le FMI pour garantir la poursuite de son appui financier.

Dix ans après son entrée en vigueur, la loi actuelle accumule les critiques : pertes fiscales importantes, avantages dilués, critères trop larges et résultats très en dessous des prévisions. Le patronat parle d’un texte « largement en deçà des attentes », tandis que la Banque mondiale juge les exonérations coûteuses et peu efficaces. Les chiffres de l’Agence de promotion des investissements confirment ce décalage : moins de 1 800 milliards réellement investis sur plus de 2 800 annoncés, et seulement 14 354 emplois créés sur les 42 697 promis. De quoi justifier une réforme profonde, même si celle-ci intervient clairement dans un contexte de pression internationale.

Le nouveau projet de loi entend recentrer les incitations sur des secteurs jugés prioritaires, renforcer les critères d’éligibilité et introduire un référentiel unique pour l’ensemble du dispositif. Le gouvernement opère également un virage fiscal notable : les exonérations seront remplacées par des crédits d’impôt, censés offrir un meilleur contrôle de la dépense publique. L’ouverture des avantages aux entreprises publiques, la création d’un guichet unique et l’instauration d’un comité d’audit témoignent d’une volonté affichée de transparence et d’efficacité. Reste à savoir si ces outils seront appliqués avec la rigueur nécessaire.

Car au-delà des annonces, la question centrale demeure celle de l’exécution. Le Cameroun dit vouloir passer d’un modèle généreux mais inefficace à une politique plus sélective, tournée vers l’impact économique réel et la transformation structurelle du pays, en cohérence avec la SND30. Cette ambition exige une coordination administrative que les précédentes réformes n’ont pas su garantir. Si la mise en œuvre suit, le pays pourrait enfin rationaliser sa dépense fiscale et restaurer la crédibilité de sa politique industrielle. Dans le cas contraire, cette révision risquerait de rejoindre la longue liste des promesses non tenues.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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