Economy

Le Nord-Ouest plonge dans la pauvreté, six ans après le début de la crise anglophone

Le dernier rapport de l’Institut national de la statistique (INS) révèle un bouleversement préoccupant dans la cartographie sociale du Cameroun : le Nord-Ouest, avec un taux de pauvreté de 66,8 %, devient la deuxième région la plus pauvre du pays, derrière l’Extrême-Nord (69,2 %). Ce basculement, mis en lumière par la 5ᵉ Enquête camerounaise auprès des ménages (Ecam 5) réalisée en 2022, consacre l’impact direct et ravageur de la crise anglophone sur une région déjà fragile. La moyenne nationale, fixée à 37,7 %, paraît désormais hors de portée pour des populations prises en étau entre insécurité et effondrement économique.

Ce déclassement marque une rupture dans la tendance historique : longtemps dominé par le trio septentrional (Extrême-Nord, Nord, Adamaoua), le podium des régions les plus pauvres accueille désormais une région anglophone. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 61,1 % de pauvreté dans le Nord, 45,1 % dans l’Adamaoua et 41,5 % dans l’Est, contre 66,8 % dans le Nord-Ouest. Autrement dit, une région autrefois relativement résiliente se retrouve en moins d’une décennie dans une situation d’extrême vulnérabilité.

L’explication tient en grande partie à la violence des crises locales. Dans l’Extrême-Nord, Boko Haram a laminé le tissu économique depuis 2013, transformant villages et marchés en zones de guerre. Dans le Nord-Ouest, l’enlisement du conflit séparatiste depuis 2016 a produit un effet similaire : fermetures d’écoles, déplacements massifs de populations, effondrement de la production agricole, paralysie des petites activités commerciales. La guerre de positions entre l’armée régulière et les groupes armés sécessionnistes a durablement étouffé les dynamiques de développement.

Au-delà des statistiques, ces chiffres posent une question politique brûlante : comment un pays peut-il aspirer à l’émergence lorsque ses régions, l’une après l’autre, basculent dans la misère à cause de crises mal gérées ? L’INS dresse un constat chiffré, mais c’est la gouvernance qui reste interpellée. Sans une stratégie claire de sortie de conflit et de relance économique, le Cameroun risque de voir s’élargir un gouffre social qui, à terme, menace l’équilibre national tout entier.

Gilles Noubissi

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