Lors de la dernière présidentielle, Paul Biya avait promis de faire des femmes et des jeunes les piliers de son nouveau septennat. Une promesse qui, à l’épreuve des faits, prend aujourd’hui une tournure pour le moins amère. Car pendant que le pouvoir parle de jeunesse et de promotion de la femme, le Cameroun est confronté à une inquiétante banalisation des violences, des féminicides, des agressions sexuelles et de la criminalité.
Les chiffres donnent froid dans le dos. En une seule semaine, sept féminicides ont été recensés au Cameroun, selon une compilation publiée le 24 août. Le dernier cas en date s’est produit à Logpom, à Douala, où une jeune mère de deux enfants a été tuée à l’arme blanche à son domicile, devant ses enfants. Quelques jours auparavant, une femme enceinte de cinq mois avait été tuée à Yaoundé, tandis qu’à Mimboman, une mère de quatre enfants avait été mortellement agressée à coups de marteau.
Et cette succession macabre ne tombe malheureusement pas du ciel. Les données disponibles montrent une tendance lourde. Selon les chiffres gouvernementaux cités par Cameroon Tribune, 50 femmes ont été assassinées en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. Une autre compilation de Griote TV recensait déjà 53 féminicides entre le 1er janvier et le 29 juillet 2026. Le phénomène est donc loin d’être marginal. Il devient une véritable question de sécurité publique et de protection des citoyens.
Face à cette réalité, une question s’impose : où sont les femmes et les jeunes dans les priorités concrètes de ce nouveau septennat ?
On aurait voulu voir davantage de femmes et de jeunes accéder aux responsabilités, participer à la décision publique, porter des politiques ambitieuses en matière d’emploi, d’éducation, de sécurité et de protection sociale. On aurait surtout voulu voir un État capable de protéger les femmes dans les foyers, dans les rues, dans les écoles et sur les lieux de travail.
Mais pendant que les discours officiels promettent l’émancipation, les faits racontent une autre histoire.
Le Cameroun donne aujourd’hui le sentiment d’un pays où certaines violences finissent par être absorbées par la routine des faits divers. Une femme est tuée par son conjoint. Une autre est agressée sexuellement. Une jeune fille disparaît. Une enfant est violée. Puis l’émotion retombe, l’enquête est annoncée et l’actualité passe à autre chose.
Même les Nations unies au Cameroun ont tiré la sonnette d’alarme en juin dernier, en faisant état d’une recrudescence des féminicides, des infanticides et des violences sexuelles et en appelant à mettre fin à l’impunité.
Alors, que fait l’État ?
Que fait le ministère chargé de la Promotion de la femme et de la Famille ? Que fait l’ensemble du gouvernement face à cette hécatombe silencieuse ? Quelle politique nationale d’urgence est mise en œuvre pour prévenir les violences conjugales, protéger les victimes et sanctionner efficacement les auteurs ?
La question est d’autant plus légitime que l’image renvoyée par certaines séquences officielles contraste cruellement avec l’urgence sociale du moment. Il y a quelques jours encore, lors de la réception des Lionnes indomptables, victorieuses de la CAN féminine Maroc 2026, la ministre en charge de la Femme et de la Famille a été aperçue portant le sac de la Première dame, Chantal Biya.
L’image a largement circulé. Elle peut sembler anodine pour certains. Elle devient pourtant symbolique dans un pays où l’on attend de cette administration qu’elle soit au premier rang du combat contre les violences faites aux femmes.
Car le problème ne se limite pas aux féminicides.
Une partie de la jeunesse camerounaise évolue dans un environnement marqué par le chômage, la précarité, l’absence de perspectives et une criminalité de plus en plus visible. Dans les quartiers, les agressions, les violences, les règlements de comptes et les dérives de toutes sortes nourrissent un sentiment d’insécurité permanent.
À cela s’ajoute une autre crise, plus silencieuse : celle de la protection des jeunes filles et des femmes sur Internet. Les affaires de sextapes diffusées sans consentement, les humiliations publiques et les violences sexuelles numériques se multiplient, tandis que les victimes se retrouvent souvent seules face à leurs bourreaux et à la puissance des réseaux sociaux.
Il faut cependant se garder de faire de ces phénomènes un raccourci vers l’homosexualité ou la prostitution. Ce sont des réalités distinctes, qui ne peuvent être présentées comme des conséquences automatiques des violences faites aux femmes. Le véritable problème est ailleurs : dans la fragilisation du tissu social, l’absence de protection suffisante, l’impunité, la précarité et l’incapacité des institutions à répondre avec suffisamment de fermeté et de rapidité.
Le plus inquiétant est peut-être là. Le Cameroun donne aujourd’hui le sentiment d’un pays où chacun se débrouille pour survivre pendant que l’État semble courir derrière les urgences.
Un pays où une femme peut être en danger dans son propre foyer. Un pays où une jeune fille peut craindre de voir son intimité exposée sur Internet. Un pays où des jeunes, faute de perspectives, peuvent basculer dans la délinquance. Un pays où les mêmes drames se répètent jusqu’à devenir presque ordinaires.
Et pendant ce temps, le pouvoir reste étonnamment silencieux.
Paul Biya avait promis un septennat consacré aux femmes et aux jeunes. Mais au regard de l’actualité de ces derniers mois, une question provocatrice mérite désormais d’être posée : sommes-nous en train d’assister à la transformation du « septennat des femmes et des jeunes » en septennat des féminicides, de la grande délinquance et de l’abandon social ?
Ce n’est évidemment pas ce que les Camerounais avaient entendu dans la promesse présidentielle.
Mais les promesses électorales se jugent aussi à leurs résultats.
Et pour l’instant, dans les familles, dans les quartiers et dans les rues, le sentiment qui domine n’est pas celui d’une jeunesse conquérante ni celui d’une femme mieux protégée.
C’est celui d’un pays inquiet.
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