Cameroon

Les dessous inquiétants des consultations politiques lancées par Ferdinand Ngoh Ngoh

Alors que Paul Biya demeure invisible et que le Premier ministre Joseph Dion Ngute est tenu à l’écart, la récente convocation des parlementaires à la Présidence de la République par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence, engendre un malaise palpable. Selon l’ancien préfet Valère Bessala, ces rencontres, organisées sous prétexte d’« échanges dans la perspective de l’élection présidentielle », seraient une manœuvre orchestrée non par le chef de l’État lui-même, mais par ses collaborateurs les plus proches, soucieux de préserver un ordre établi menacé. Entre besoin de rassurer une élite politique déboussolée et volonté de gagner du temps face à l’inéluctable, ces consultations cacheraient bien plus qu’elles n’en révèlent.

Pour Valère Bessala, la vérité ne se niche pas seulement dans les mots, mais dans les détails administratifs : la qualité du signataire, l’absence du chef du gouvernement, la nature des destinataires, ou encore le choix du lieu — la Présidence, et non le siège du RDPC. Autant d’éléments qui, selon lui, trahissent une opération de contrôle politique d’urgence, visant à empêcher de nouvelles défections ou dissidences internes. Le message implicite adressé à l’élite : garder le cap, feindre l’unité, faire comme si le pouvoir était encore solidement incarné.

Mais derrière cette mise en scène se profilent des doutes majeurs sur l’implication réelle de Paul Biya dans cette initiative. Certains, au sommet de l’État, redouteraient que les récentes disparitions et départs au sein du gouvernement n’alertent enfin le président et ne déclenchent un remaniement capable de briser l’équilibre précaire d’un système verrouillé. D’autres espéreraient que ces consultations les repositionnent en vue de l’après-Biya, dans un climat où tout, désormais, semble suspendu à une question que nul n’ose formuler publiquement : qui gouverne réellement le Cameroun aujourd’hui ?

En somme, ces rencontres ne seraient ni anodines, ni transparentes. Elles apparaissent comme l’ultime tentative d’un appareil en fin de cycle de contrôler un récit qui lui échappe. Préparer la transition sans le dire, ou au contraire, faire croire à une continuité sans faille : dans les deux cas, le flou entretenu est un aveu de faiblesse. Et dans ce flou, la classe politique nationale, toutes tendances confondues, semble conviée à un théâtre dont elle ignore peut-être encore le dénouement.

Gilles Noubissi

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