International Relations & Diplomacy

Travail des conjoints de diplomates : un accord inédit entre le Cameroun et la France

Dans un geste diplomatique rare et significatif, le Cameroun et la France ont signé, jeudi 26 juin 2025, un accord permettant désormais aux conjoints des agents diplomatiques d’exercer librement une activité professionnelle dans le pays d’affectation de leur partenaire. Conclu après cinq années de négociations discrètes, ce texte marque une avancée notable dans les droits accordés aux familles diplomatiques. Il a été paraphé à Yaoundé par le ministre camerounais des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, et l’ambassadeur de France, Thierry Marchand. Désormais, ces conjoints pourront travailler dans les mêmes conditions que les ressortissants du pays hôte.

Cet accord, bien que technique en apparence, répond à une réalité humaine souvent ignorée : l’isolement professionnel et économique des conjoints de diplomates, condamnés à la dépendance ou à l’inactivité lors des affectations à l’étranger. En levant ces barrières, les deux États envoient un signal d’ouverture et de modernité, mais aussi une reconnaissance implicite du rôle silencieux que jouent ces conjoints dans la stabilité des familles diplomatiques. Ce nouveau cadre permettra aux concernés d’intégrer le marché du travail local sans devoir renoncer à leur parcours ou leurs ambitions.

Cependant, la portée réelle de cet accord reste à évaluer. Sa mise en œuvre pourrait se heurter à des réalités administratives, culturelles ou économiques, notamment du côté camerounais, où l’accès au marché du travail reste fortement concurrentiel et parfois peu structuré pour accueillir ce type de statut. D’autres questions restent en suspens : quid de la reconnaissance des diplômes, de la protection sociale, ou de l’accès aux professions réglementées ? Si l’intention est louable, l’exécution nécessitera sans doute des ajustements pratiques et juridiques.

En toile de fond, cet accord témoigne aussi d’un raffermissement des relations bilatérales entre Yaoundé et Paris, dans un contexte sous-régional où les liens franco-africains sont soumis à rude épreuve. Il met en lumière une diplomatie de proximité, centrée sur l’humain, à contre-courant des grandes déclarations géostratégiques. Reste à voir si cette dynamique sera élargie à d’autres domaines de la coopération franco-camerounaise, notamment ceux touchant directement la société civile.

Gilles Noubissi

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