9 femmes assassinées en quelques jours. Des vies fauchées, des familles endeuillées et une société qui semble progressivement s’habituer à l’horreur. Face à cette succession de féminicides qui secoue le Cameroun, le silence des personnalités publiques, notamment des sportives qui bénéficient d’une immense popularité auprès de la population, interroge. Les Lionnes indomptables, récemment sacrées championnes d’Afrique au Maroc, ont aujourd’hui une occasion particulière de faire entendre leur voix.
Il ne leur est pas demandé de faire de la politique. Il leur est demandé de parler d’un drame qui concerne toutes les femmes camerounaises. Les féminicides ne sont ni une affaire de parti politique, ni une question de positionnement idéologique. C’est une question de vie ou de mort. Une question de dignité humaine. Et sur ce terrain, personne ne devrait être contraint au silence.
Les Lionnes savent mieux que quiconque ce que représente le soutien populaire. Lors de la dernière CAN féminine au Maroc, des milliers de Camerounais ont interrompu leurs activités, suivi leurs matchs, prié, espéré et vibré avec elles. Derrière chaque encouragement, il y avait des femmes et des hommes qui croyaient en leur équipe. Certaines de ces femmes qui ont porté les Lionnes dans leur cœur sont peut-être aujourd’hui parmi celles que le pays pleure.
C’est précisément pour cette raison que leur voix aurait aujourd’hui une portée particulière. Une prise de parole collective des championnes d’Afrique pour condamner les féminicides ne serait pas un simple communiqué. Elle pourrait contribuer à briser la banalisation de ces crimes et rappeler que derrière chaque victime, il y a une mère, une sœur, une fille, une amie, une collègue. Une femme qui avait encore des projets, des rêves et une vie à vivre.
Les Lionnes ont d’ailleurs été récemment reçues et célébrées aux côtés des plus hautes autorités du pays, notamment la première dame Chantal Biya et la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa. Elles disposent donc d’une visibilité et d’une aura que peu de personnalités camerounaises peuvent revendiquer. Leur parole peut être entendue bien au-delà des stades. Elle peut atteindre les jeunes, les familles, les responsables publics et toute une génération.
Au Cameroun, les célébrités sportives sont souvent célébrées lorsqu’elles remportent des trophées. On les reçoit, on les applaudit, on les honore et on leur attribue des médailles. Mais la relation entre une nation et ses champions ne devrait pas fonctionner dans un seul sens. Quand le peuple donne son énergie, son affection et son soutien, les champions peuvent aussi lui rendre quelque chose lorsque ce peuple traverse des moments difficiles.
Aujourd’hui, les femmes camerounaises ont besoin de sentir que celles qui les représentent sur les terrains ne sont pas indifférentes à leur sort. Les victimes de féminicides auraient pu être leurs sœurs. Leurs mères. Leurs filles. Leurs amies. Elles-mêmes. Car dans un pays où les violences faites aux femmes semblent prendre une ampleur inquiétante, personne ne peut sérieusement prétendre être définitivement à l’abri.
Le silence des Lionnes ne constitue évidemment pas une responsabilité dans les crimes commis. Mais leur parole pourrait constituer une force supplémentaire dans le combat contre leur banalisation. Elles peuvent utiliser leur notoriété pour demander que les violences faites aux femmes soient prises au sérieux, que les victimes soient protégées et que les auteurs de ces crimes répondent de leurs actes.
Il y a quelques jours, le Cameroun célébrait ses Lionnes comme des héroïnes. Aujourd’hui, les mêmes femmes qui ont contribué à faire vibrer le pays peuvent, à leur tour, être des voix pour celles qui ne peuvent plus parler.
Les Lionnes indomptables ont conquis l’Afrique sur le terrain. Il leur reste peut-être un autre combat à mener : rappeler que derrière le maillot, les médailles et les trophées, il y a une responsabilité morale envers cette société qui les porte.
Quand une femme est assassinée, ce n’est pas seulement une famille qui perd une fille, une sœur ou une mère. C’est toute une société qui recule. Et cette fois, les Lionnes doivent parler.
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