Le ministère des Postes et Télécommunications du régime Biya veut faire de 2026 une année de consolidation numérique, en misant sur près de 19 milliards de FCFA d’investissements publics pour moderniser les réseaux, renforcer la sécurité administrative, relancer le service postal et accélérer l’essor du commerce électronique. Un portefeuille large, très technologique, mais qui soulève déjà une question centrale : l’État dispose-t-il réellement des capacités d’exécution et de contrôle nécessaires pour transformer ces annonces en résultats visibles ?
La feuille de route présentée s’articule autour de la mise à niveau des équipements, de l’extension de la téléphonie et de l’internet dans l’administration centrale, ainsi que de l’harmonisation des infrastructures de base. Le gouvernement promet notamment une étude pour structurer le portail agropastoral Camagro et relancer le PATNUC, censé étendre la connectivité dans les zones rurales restées en marge du numérique. L’extension de la phase IV du Backbone national et le règlement des arriérés liés au Central African Backbone réapparaissent une fois encore dans les prévisions, preuve que la modernisation du réseau reste un chantier inachevé depuis plus d’une décennie.
Sur le terrain postal, le ministère avance une réhabilitation de bureaux, l’installation de 20 GAB dans les dix régions et le lancement d’un réseau de monétique sous Campost pour soutenir l’inclusion financière. Une ambition louable, mais qui intervient alors que l’opérateur public peine encore à stabiliser ses performances, à achever son Contrat-Plan et à moderniser ses outils internes. La future plateforme d’e-commerce de Campost et l’application d’adressage numérique, pourtant cruciales pour la logistique et les livraisons, dépendront de la capacité de l’entreprise à sortir d’une gouvernance souvent décrite comme lente et sous-optimale.
Le programme Cameroon Digital Connect, censé harmoniser les services numériques gouvernementaux et renforcer la lutte contre les contenus illicites en ligne, complète un ensemble d’initiatives ambitieuses mais dispersées. Au final, si le budget 2026 du Minpostel promet un véritable saut technologique, il expose aussi les limites structurelles du secteur : fragmentation des projets, retards chroniques et faible culture de redevabilité. Autant de défis qui détermineront si ces milliards se transformeront en progrès concret ou en une nouvelle séquence d’annonces sans lendemain.
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