Economy

Nigeria est le premier acheteur africain du cacao camerounais.

Le Nigeria s’est hissé au rang de premier importateur africain du cacao camerounais lors de la campagne 2024-2025, écoulée en juillet dernier. Selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), le géant voisin a acquis 2 100 tonnes de fèves, soit 1,09 % des exportations nationales. Un volume modeste à l’échelle mondiale, mais symbolique dans un contexte où l’Afrique reste largement en marge du commerce formel du cacao camerounais, absorbant à peine 1,13 % des ventes, contre près de 80 % pour l’Europe et 19 % pour l’Asie.

Cette percée nigériane a une portée particulière : elle traduit la volonté d’institutionnaliser des échanges longtemps marqués par la contrebande. Pendant des décennies, le Nigeria a été accusé de siphonner clandestinement la production camerounaise, notamment dans la région du Sud-Ouest. Dès 2017, Kate Fotso, alors patronne de Telcar Cocoa, dénonçait l’inaction de l’État face à des trafics organisés jusque dans les localités frontalières de Kumba et Mamfe. Les pertes pour le Cameroun se chiffrent en milliards : environ 70 milliards FCFA avaient officiellement disparu dans les circuits parallèles rien qu’en 2022-2023.

Face à cette hémorragie, le gouvernement camerounais a dû réagir en interdisant temporairement les exportations de fèves vers le Nigeria en 2023 et en mettant en place un dispositif de contrôle renforcé des flux commerciaux. Désormais, chaque cargaison doit être suivie, que ce soit par voie terrestre, maritime ou aérienne. Ces mesures ont permis de réduire l’ampleur des fuites, mais elles n’effacent pas une réalité tenace : les frontières poreuses et la complicité locale continuent d’alimenter des exportations parallèles.

Derrière le succès apparent de la formalisation des échanges, une question demeure : le Nigeria restera-t-il un client loyal ou reprendra-t-il ses habitudes informelles ? Pour le Cameroun, l’enjeu est double : sécuriser ses recettes fiscales et défendre une filière stratégique qui représente des milliers de producteurs. Tant que l’Afrique, et particulièrement le Nigeria, ne captera qu’une infime part des exportations officielles, la dépendance du cacao camerounais aux marchés européens et asiatiques restera une vulnérabilité majeure.

Gilles Noubissi

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