La caravane de distribution des primes qualité cacao a débuté ce 25 août dans les départements de la Lekié et du Mbam-et-Kim. Au total, 348 millions de FCFA sont promis aux producteurs de ces deux zones, dont 206 millions pour 55 organisations du Mbam-et-Kim (4 400 bénéficiaires) et 142 millions pour 39 organisations de la Lekié (7 300 producteurs). À Ntui, où le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana a lancé l’opération, 140 cacaoculteurs ont déjà reçu 50 millions de FCFA.
Instituée en 2017 pour amortir les chocs des fluctuations internationales, la prime récompense les fèves de grade 1 dites « zéro défaut ». En clair, 20 FCFA sont reversés au producteur pour chaque kilo de cacao exporté sans défaut. Sur le papier, le mécanisme paraît incitatif : un producteur qui vend 100 kg dont 50 sont de qualité supérieure perçoit 1 000 FCFA de prime. Mais dans un contexte où les cours mondiaux sont volatils et où le revenu paysan reste fragile, la pertinence réelle de cette mesure interroge.
Selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), la collecte totale pour les campagnes 2020-2021 et 2021-2022 atteint 1,7 milliard de FCFA, alors que la production nationale dépasse 290 millions de kilos par an. Or, 70 % du cacao camerounais demeure de grade 2, jugé moyen par les standards internationaux. Autrement dit, la majorité des producteurs reste en marge des primes, faute de moyens pour améliorer leurs pratiques culturales, et continue de subir la pression des acheteurs.
La caravane doit se poursuivre dans d’autres bassins comme Makenene, Bot-Makak ou encore le Sud-Ouest, avec plus de 400 millions de FCFA supplémentaires à distribuer. Reste à savoir si ces primes, ponctuelles et limitées, permettront d’amorcer une réelle transformation de la filière ou si elles ne constituent qu’un pansement sur une blessure profonde : la dépendance des producteurs à un marché mondial qui ne leur garantit ni stabilité, ni dignité dans leurs revenus.

