Noix de kola : le Cameroun, troisième producteur mondial, lorgne un marché en pleine expansion
Malgré une production relativement stable ces dernières années, le Cameroun s’impose comme l’un des géants mondiaux de la noix de kola. Avec quelque 48 500 tonnes récoltées annuellement sur les cinq dernières années, le pays s’octroie 15,4 % de la production mondiale, selon les chiffres compilés par la plateforme spécialisée Tridge. Ce volume place la locomotive économique de la sous-région CEMAC au troisième rang mondial, derrière les mastodontes nigérian et ivoirien.
À elle seule, la première puissance économique d’Afrique de l’Ouest, le Nigeria, a produit près de 174 100 tonnes de kola en 2022, captant plus de la moitié du marché mondial (55,2 %). Elle est suivie par la Côte d’Ivoire, dont la production, estimée à 58 640 tonnes la même année, représente 18,6 % des volumes mondiaux.
Le top 5 est complété par deux autres voisins ouest-africains : le Ghana, avec 24 643 tonnes (7,8 %), et la Sierra Leone, dont les récoltes avoisinent 8 450 tonnes, soit 2,7 % du total mondial.
Les perspectives pour les principaux pays producteurs sont encourageantes. D’après une étude récente du cabinet Cognitive Market Research, relayée en avril 2025 par l’agence Ecofin, le marché mondial de la noix de kola devrait atteindre près de 119 millions de dollars (environ 65 milliards de FCFA) cette année. Ce marché devrait poursuivre sa croissance à un rythme annuel moyen de 3,3 % jusqu’en 2033.
À l’origine de cet engouement, la diversification des usages de cette graine longtemps cantonnée à la consommation brute, notamment dans les sociétés africaines. Désormais, la kola attire l’attention de plusieurs secteurs industriels : l’agroalimentaire, la cosmétique et même la médecine traditionnelle en exploitent les propriétés stimulantes et toniques.
Curieusement, malgré son rang de troisième producteur mondial, la noix de kola ne figure pas dans les rapports officiels sur le commerce extérieur du Cameroun pour les années 2022 et 2023, selon l’Institut national de la statistique (INS). Ce silence statistique n’exclut pas des exportations. Bien au contraire, des volumes non négligeables pourraient être acheminés hors du pays par des canaux informels, notamment vers le Nigeria, avec lequel le Cameroun partage près de 1 500 kilomètres de frontière, souvent difficile à contrôler.
À ce jour, la kola camerounaise est principalement destinée à la consommation locale, à quelques usages artisanaux, et potentiellement à des circuits parallèles d’exportation. Pourtant, les prévisions optimistes du marché mondial laissent entrevoir une véritable opportunité économique, encore largement sous-exploitée.
Face à ces perspectives, experts et observateurs s’accordent sur un point : il est temps pour le Cameroun de transformer cet avantage en levier de croissance. Cela passe par une meilleure structuration de la filière, le développement de circuits formels d’exportation, et une stratégie nationale de valorisation du produit) aussi bien sur le plan agricole qu’industriel.
Avec la demande croissante et la place stratégique déjà occupée dans la production, la noix de kola pourrait bien devenir l’un des nouveaux fers de lance de l’économie camerounaise. À condition que les acteurs de la filière et les pouvoirs publics s’en emparent avec ambition et pragmatisme.
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