Media

Subvention à la presse privée : entre soutien symbolique et attentes déçues

La traditionnelle session d’examen des demandes d’appui institutionnel à la presse privée s’est tenue à Yaoundé dans un climat marqué par l’incertitude. Pour l’exercice 2025, 54 dossiers ont été déposés auprès de la Commission nationale d’examen, dont 49 provenant de la presse écrite et seulement cinq de la presse en ligne. Mais alors que les médias espéraient une bouffée d’oxygène, le montant global de l’aide demeure flou. Selon Kisito Ngankak, directeur du Développement des médias et de la Publicité, l’enveloppe inscrite au budget du ministère de la Communication (Mincom) devrait avoisiner « une centaine de millions de francs CFA », sans précision sur la répartition finale. Une somme jugée dérisoire au regard des défis que traversent les entreprises de presse au Cameroun.

Cette subvention, censée soutenir la pluralité de l’information et le professionnalisme journalistique, peine depuis des années à remplir sa mission. Dans un contexte de crise économique et de fragilité structurelle du secteur, où nombre de rédactions peinent à payer leurs employés ou à paraître régulièrement, la dotation annuelle de l’État ressemble davantage à un geste symbolique qu’à une véritable politique publique de soutien aux médias. En comparaison, plusieurs pays africains consacrent des enveloppes nettement supérieures à la presse privée, conditionnées à des critères de transparence et d’impact social.

Au-delà de la question budgétaire, le Pr. Félix Zogo, secrétaire général du Mincom et représentant du ministre lors des travaux, a replacé la rencontre dans un contexte politique tendu. Survenue au lendemain de la proclamation des résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025, la session a été marquée par un appel à la responsabilité des journalistes face aux troubles qui ont suivi le scrutin. « Les professionnels des médias doivent prendre leurs responsabilités », a-t-il martelé, dénonçant les dérives d’une partie de la presse dans un climat déjà polarisé.

Mais cet appel, aussi légitime soit-il, soulève une question de fond : comment exiger de la presse une rigueur professionnelle sans lui garantir les moyens de son indépendance ? Tant que la subvention restera aléatoire et insuffisante, les médias privés demeureront vulnérables, dépendants des financements opaques ou des influences politiques. Plus qu’un simple appui financier, c’est d’une réforme structurelle du modèle de soutien à la presse dont le Cameroun a désormais besoin pour préserver un espace médiatique libre, crédible et durable.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

Recent Posts

“Enough Is Enough”: NW Governor Highlights Security Challenges, Development Progress

By Zera Nambu The Governor of the North West Region, Adolphe Lele Lafrique, has called…

2 hours ago

Route Douala-Bafoussam : le Cameroun signe un prêt de 139,2 milliards de FCFA avec la Banque islamique de développement

Le Cameroun et la Banque islamique de développement (BID) ont signé, le 13 octobre 2026…

1 day ago

Plus de 8,4 millions de camerounais vivent avec moins de 3 dollars par jour, selon la Banque mondiale

Le nombre de Camerounais vivant avec moins de 3 dollars par jour, soit environ 1…

1 day ago

Le FC Barcelone en Ligue des champions : une histoire de grandeur et de nouvelles ambitions

Le FC Barcelone aborde la nouvelle saison 2026/27 de la Ligue des champions avec l'ambition…

2 days ago

‘It’s just your sickle cell’: Marie-Claire Kofi calls for women’s symptoms to be examined

Cameroonian-born health advocate Marie-Claire Kofi says women living with sickle cell disease risk having menstrual…

2 days ago

Bamenda Deputy Mayor Survives Gun Attack in Car Previously Used by City Mayor

Bamenda’s First Deputy City Mayor, Chi David Ndoh, escaped unharmed after gunmen opened fire on…

2 days ago