Cameroon

Crise sucrière au Cameroun : la Sosucam au bord de l’asphyxie

L’industrie sucrière camerounaise traverse l’une de ses pires crises depuis plus d’une décennie. Entre janvier et mars 2025, la production nationale de sucre a chuté de 16 % en glissement annuel, selon une note de conjoncture du ministère des Finances. En cause : la destruction de 150 hectares de plantations appartenant à la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) lors des manifestations de février. Un incendie ravageur qui a coûté à l’entreprise 5 milliards de FCFA en pertes matérielles, soit l’équivalent de 50 000 tonnes de canne à sucre parties en fumée.

Cette contreperformance n’est pas un simple accident de parcours. Elle s’inscrit dans une série de difficultés structurelles qui minent la filière depuis plusieurs années. La Sosucam, contrôlée à 74 % par le groupe Somdia (capitaux français) et à 26 % par l’État camerounais, peine à redresser la barre après avoir manqué en 2024 son objectif de production de 100 000 tonnes, n’en atteignant que 85 000. Résultat : le Cameroun a dû importer 311 835 tonnes de sucre pour 125 milliards de FCFA, un paradoxe coûteux pour un pays qui ambitionnait encore récemment l’autosuffisance sucrière.

À ces pertes conjoncturelles s’ajoute une fragilité chronique. Depuis 2021, la Sosucam enchaîne les exercices déficitaires, affichant 22 milliards FCFA de pertes en 2024 et 15 milliards en 2023. Une spirale négative alimentée par la hausse des coûts des intrants, la pression fiscale, des ventes en berne et une production inférieure aux projections. Ces signaux rouges soulignent l’urgence d’une refonte du modèle économique et industriel de la filière sucrière camerounaise, prisonnière de sa dépendance aux importations et d’un appareil productif vieillissant.

Face à cette débâcle, la nomination récente de Marc Leynaert à la tête de la Sosucam, en remplacement de l’équipe sortante, apparaît comme une tentative de relance. Mais sans une stratégie nationale claire (combinant soutien public, modernisation agricole et réforme fiscale), le risque est grand de voir le Cameroun s’enfoncer durablement dans une dépendance sucrière coûteuse. Dans un contexte post-électoral tendu et économiquement fragile, la crise du sucre devient un symbole des limites du modèle agro-industriel national : centralisé, vulnérable et peu résilient face aux chocs internes.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

Recent Posts

Shot in the Face at 15, Bah Median Still Dreams of Becoming a Doctor

When Median Bah Ekue heard villagers saying she was dead, she could not speak to…

3 days ago

Women Left “in Constant Peril” as Biya Government Breaks Decade-Old Pledge on Violence—Report

A new Human Rights Watch report finds that fifteen years after promising to halve gender-based…

3 days ago

The Resignation That Rewrote a Legacy: One Year On From Issa Tchiroma’s Break With Biya

Today, 25 June, marks exactly one year since Issa Tchiroma Bakary did something Cameroonian politics…

3 days ago

Paul Biya Death Rumours: The Cameroon President Who Keeps “Dying” and Living

Paul Biya has been pronounced dead more times than most leaders are pronounced anything. The…

3 days ago

Mayo-Tsanaga: The Alarm Cry of a Division Battered by Insecurity

Mayo-Tsanaga continues to bear the scars of a security crisis that has dragged on for…

3 days ago