Près de trois ans après avoir été arrêté dans l’enquête sur l’assassinat de sa mère, Suzanne Zamboue, alors qu’il avait lui-même saisi la justice pour que les auteurs du crime soient retrouvés, Cabrel Zamboue a été déclaré non coupable ce vendredi par le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi. Les juges ont estimé que les faits mis à sa charge n’étaient pas établis, ouvrant ainsi la voie à sa remise en liberté après plusieurs mois passés à la prison centrale de Kondengui.
L’affaire remonte au 6 septembre 2023. Ce soir-là, Suzanne Zamboue, enseignante et militante du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), est retrouvée morte à son domicile du quartier Jouvence, dans l’arrondissement de Yaoundé VI. Son corps est découvert par son fils, Cabrel, qui, alerté par une lumière restée allumée dans la maison, tombe sur une scène particulièrement violente. La victime est ligotée, bâillonnée et baigne dans son sang. Les premiers éléments donnent alors l’impression d’un cambriolage qui aurait mal tourné. À ce jour, les auteurs de cet assassinat n’ont toujours pas été identifiés.
Alors qu’il porte plainte et se constitue partie civile afin que toute la lumière soit faite sur le meurtre de sa mère, Cabrel Zamboue est interpellé quelques jours plus tard par les enquêteurs. La piste d’un drame familial est alors privilégiée. Les gendarmes évoquent notamment la présence de débris de sa montre sur les lieux du crime. Le jeune homme rejette ces accusations, expliquant que sa montre s’était brisée lorsqu’il tentait de secourir sa mère après la découverte du corps. Au fil de la procédure, celui qui était au départ plaignant devient accusé, une situation que ses avocats qualifient d’exceptionnelle.
Ce drame survient alors que le père de Cabrel, Pascal Zamboue, est déjà détenu à la prison centrale de Kondengui. Coordonnateur national du MRC, il avait été arrêté lors des marches pacifiques du 22 septembre 2020, organisées par son parti pour dénoncer ce qu’il qualifiait de hold-up électoral, réclamer la fin du conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et protester contre la mal gouvernance. Condamné par la justice militaire, il purge depuis une peine de prison. C’est derrière les barreaux qu’il apprend l’assassinat de son épouse, sans pouvoir assister sa famille dans les premières heures de cette tragédie.
À l’issue du procès de son fils, Me Hippolyte BT Meli, l’un des avocats de la famille, s’est réjoui de la décision du tribunal. Il rappelle toutefois que l’affaire principale, celle de l’assassinat de Suzanne Zamboue, reste entière. Selon lui, la plainte avec constitution de partie civile demeure pendante devant le juge d’instruction Kana Chrysostome et les investigations attendues par la famille n’ont toujours pas permis d’identifier les véritables auteurs du crime. La famille indique en revanche ne plus vouloir se constituer partie civile dans le volet relatif aux objets disparus, deux personnes condamnées dans cette procédure ayant déjà purgé leur peine.
Avec l’acquittement de Cabrel Zamboue, une page judiciaire se referme. Mais la principale interrogation demeure sans réponse : qui a assassiné Suzanne Zamboue dans son domicile de Yaoundé, et pour quel mobile ? Près de trois ans après les faits, cette enquête continue d’attendre son épilogue.
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