Le Cameroun est à la croisée des chemins en matière de gouvernance publique. Le professeur Viviane Ondoua Biwole, spécialiste reconnue des questions d’administration et de gouvernance, tire la sonnette d’alarme : « Le Président de la République n’a procédé à aucune nomination : les 71 PCA identifiés sont illégaux à compter de ce jour », affirme-t-elle dans une tribune publiée ce dimanche. Ces Présidents de Conseil d’Administration continuent pourtant d’exercer leurs fonctions, certains allant même jusqu’à valider les comptes des entreprises publiques, alors que leurs actes sont désormais frappés de nullité juridique. Une dérive inquiétante qui témoigne, selon elle, d’un laisser-aller institutionnalisé.
Le problème est bien plus vaste qu’il n’y paraît. Pour Viviane Ondoua Biwole, « dans un an exactement, 102 Directeurs généraux et Directeurs généraux adjoints seront dans la même situation si les dispositions ne sont pas prises pour les remplacer avant le 12 juillet 2026 ». Le législateur a pourtant été clair : les mandats ne peuvent dépasser 6 ans pour les PCA et 9 ans pour les DG et DGA. Une jurisprudence récente du 19 juin 2025 est venue renforcer cette position en consacrant la rétroactivité des lois de 2017, dans le cadre d’un litige opposant la Société de Recouvrement des Créances (SRC) à l’un de ses débiteurs.
Pour l’enseignante, le constat est sans appel : « Ces 173 dirigeants sont déjà dans l’illégalité, leurs mandats cumulés ayant dépassé les délais maxima. » Au-delà des risques juridiques, c’est la crédibilité de l’État qui se trouve en jeu. Ce laxisme dans le renouvellement des équipes dirigeantes nourrit une forme d’impunité au sommet des entreprises publiques, laissant planer le doute sur la sincérité des réformes de gouvernance souvent proclamées par le pouvoir.
Dans le fond, Viviane Ondoua Biwole pose une question plus large et dérangeante : comment un État peut-il exiger rigueur et respect des lois à ses citoyens et aux entreprises privées, lorsqu’il foule lui-même aux pieds ses propres textes ? Derrière cette crise silencieuse des mandats expirés, c’est tout le fonctionnement de l’appareil public camerounais qui est remis en cause, entre immobilisme politique et déni institutionnel.
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