Par un décret signé le 18 août 2025, le président Paul Biya a autorisé le ministre des Finances à contracter de nouveaux emprunts pour un montant colossal de 930 milliards de FCFA. Officiellement, ces ressources doivent servir au financement de projets de développement et au règlement des arriérés de l’État. Dans les détails, 350 milliards seront levés sur le marché intérieur via des obligations du Trésor, 250 milliards auprès d’organismes privés, et 330 milliards sur les marchés bancaires internationaux.

Mais derrière cette annonce, une question centrale persiste : jusqu’où le Cameroun peut-il continuer à vivre à crédit ? Le pays sort à peine d’une période marquée par une inflation élevée (4,1% au premier semestre 2025), une pression constante sur le pouvoir d’achat des ménages et des infrastructures en dégradation avancée. En recourant une fois de plus à l’endettement, le gouvernement donne l’image d’un État qui peine à mobiliser ses propres ressources fiscales et qui choisit la dette comme solution immédiate à des problèmes structurels.

La justification avancée (financer le développement et apurer les restes à payer) met aussi en évidence une fragilité inquiétante de la trésorerie publique. Comment parler de projets de développement si une part importante des fonds sert avant tout à combler les dettes accumulées ? Le risque est que ces emprunts n’aient qu’un effet palliatif, sans impact réel sur la relance économique, tout en creusant davantage le passif du pays.
Alors que la croissance est projetée à 3,9% en 2025, les analystes redoutent que la dette publique, déjà en hausse, n’hypothèque l’avenir économique et social. Car au-delà des chiffres, ce sont les générations futures qui devront porter le poids de ces choix financiers, à moins que l’État ne transforme enfin ces milliards en véritables leviers de développement.
