Le Cameroun injecte 13,55 milliards de FCFA pour relancer sa production agropastorale et halieutique, dans un contexte où le pays dépense chaque année près de 3 000 milliards de FCFA pour importer riz, maïs, poisson et huiles. L’objectif affiché : réduire la dépendance alimentaire et favoriser la production locale. Mais derrière les chiffres, les interrogations sur l’efficacité réelle du dispositif persistent.

Une mobilisation massive de fonds… mais dispersée
La Banque camerounaise des petites et moyennes entreprises (BC-PME) recevra 9,2 milliards pour soutenir les opérateurs privés, tandis que 4,3 milliards seront distribués entre l’Unvda Ndop, l’IRAD, l’Office céréalier, la Sodepa et les projets Viva-Logone et Viva-Bénoué, ciblant le riz, les céréales, la filière bovine-lait et les intrants. Le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, assure que ces financements marquent une étape décisive dans le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), un programme triennal (2024-2026) doté de 1 500 milliards de FCFA.
L’expérience 2024, avec 248,49 milliards de FCFA mobilisés, avait livré des résultats jugés « mitigés ». Les experts s’inquiètent que les nouveaux fonds, qui porteront le total mobilisé à 800 milliards de FCFA, reproduisent les mêmes limites : dispersions des financements, manque de suivi rigoureux et risque de subventions inefficaces. La question centrale demeure : le PIISAH sera-t-il capable de transformer ces injections financières en production locale durable et accessible pour le marché intérieur ?
Souveraineté alimentaire ou rêve sur papier ?
Le véritable enjeu dépasse l’agriculture. Il s’agit de bâtir un modèle économique autonome, créateur d’emplois et capable de protéger le pays contre la volatilité des marchés internationaux. Dans les prochains mois, la mise en œuvre du PIISAH servira de test : ce plan ambitieux sera-t-il une avancée tangible pour la souveraineté alimentaire du Cameroun, ou restera-t-il un rêve financier sur le papier, aussi séduisant soit-il ?
