Les journées de désobéissance civile organisées du 3 au 5 novembre par Issa Tchiroma Bakary ont paralysé plusieurs villes et laissé des séquelles économiques durables. Le Cameroun tente de retrouver son rythme après trois jours de paralysie nationale. Du 3 au 5 novembre, plusieurs grandes villes du pays se sont vidées à l’appel d’Issa Tchiroma Bakary, président du FSNC, qui conteste toujours les résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025.

Une activité économique paralysée
Dans plusieurs grandes villes, commerces, transports et services administratifs se sont presque totalement arrêtés. Selon des estimations relayées par Business in Cameroon, la capitale économique a perdu plus de 10 milliards de FCFA par jour d’activité pendant ces trois journées de “villes mortes”.

Le port autonome de Douala, principal centre logistique du pays, a vu son trafic reculer. Les opérateurs portuaires signalent encore des retards dans le traitement des marchandises et la distribution des produits importés.
Les fermetures prolongées de marchés ont entraîné une hausse des prix. À Yaoundé, le prix d’un seau de cinq litres de pommes de terre est passé de 3,50 dollars à 8,78 dollars, selon l’Associated Press. Les ménages à faibles revenus restent les plus touchés.

Le secteur informel, qui représente près de 80 % de la population active, subit toujours les conséquences. De nombreux petits commerçants n’ont pas rouvert, faute de moyens pour renouveler leurs stocks.
Un bilan humain et politique lourd
Les journées de mobilisation ont également été marquées par des affrontements. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR), 48 civils ont perdu la vie et plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées. Les organisations de défense des droits humains demandent l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur ces incidents.

Les répercussions économiques de ces journées pèsent sur les prévisions de croissance. Le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé ses estimations pour 2025, passant de 3,8 % à 2,5 %, en raison des “perturbations politiques et sociales persistantes”. La Banque mondiale avertit d’un risque de “ralentissement prolongé” si la stabilité politique n’est pas restaurée rapidement.

Le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a annoncé le lancement d’une enquête pour évaluer les pertes enregistrées dans les secteurs du commerce, du transport et des services.
Une reprise encore fragile
Une semaine après la fin des “villes mortes”, les activités reprennent progressivement. Les administrations fonctionnent de nouveau, les marchés rouvrent, mais les commerçants notent une fréquentation en baisse. Certains investisseurs étrangers ont suspendu leurs projets en attendant un apaisement durable du climat politique.
Les autorités appellent au calme et au dialogue. Pour les acteurs économiques, la priorité est de restaurer la confiance et de relancer les échanges. “Chaque journée d’arrêt coûte cher au pays”, rappelle un économiste de la Chambre de commerce de Douala.
