Après un premier essai réussi la semaine dernière, plusieurs experts estiment que l’économie camerounaise pourraient prendre un coup dur, si les appels aux villes mortes persistent.
Le Cameroun court toujours le risque d’une grave crise post-électorale, malgré le sentiment d’accalmie qui semble régner dans plusieurs villes du pays. Depuis la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, plusieurs manifestations ont éclaté à travers le pays, faisant plusieurs victimes et d’énormes pertes matérielles. Après un léger retour au calme, l’opposant Issa Tchiroma, qui revendique toujours sa victoire à la dernière élection présidentielle, a appelé à observer trois jours de villes mortes, qui selon lui participent « de la résistance ». Cet appel a été suivi dans plusieurs villes du pays comme à Douala, paralysant ainsi les activités économiques. Jusqu’à présent, aucune évaluation n’a été faite pour estimer les pertes que le pays a subi après ces villes mortes. Mais ce qui est certain, une bonne partie de l’activité économique journalière du pays a été touchée.
Même si Issa Tchiroma n’a pas appelé à observer de nouvelles villes mortes, au sein de l’opinion on craint que ce soit l’arme fatale qu’il pourra utiliser contre le pouvoir en place. « Au regard du succès qu’a connu le premier appel aux villes mortes, Issa Tchiroma pourrait multiplier les appels aux villes pour maintenir la pression sur le pouvoir. Ce qui ne sera pas sans conséquences sur l’économie », commente un observateur.
Le consultant Armel Nguimche n’est pas optimiste, d’un petit commentaire assassin, il résume ses craintes pour l’économie camerounaise, si les villes mortes continuent. « Il faut naturellement craindre que les villes mortes asphyxient sérieusement l’économie et surtout certains ménages. Imaginez que certaines familles vivent au jour le jour, parce que le père de famille est conducteur de moto. Pendant les villes mortes, cette famille vit comment ? Cela vaut également pour d’autres secteurs d’activité. A la longue la conséquence est évidente, l’économie va tourner au ralenti et si cette situation dure, on peut aboutir à une paralysie de l’Economie », explique-t-il.
Et cette situation pourrait s’aggraver du fait que « les données des deux principales régies du Cameroun que sont la direction générale des Impôts et la Direction générale des Douanes montrent qu’il y a des difficultés à atteindre des objectifs. Au premier trimestre, la DGI elle-même a noté des résultats n’ont pas été atteints sur les objectifs de départ. C’est le propre des économies au ralentissement à cause du risque pays », analyse le politologue Pierre Nka.
Risque pour le Tchad et la RCA
Les villes mortes pourraient également avoir un impact sur les pays voisins que sont le Tchad et la Centrafrique dont les importations passent par le Cameroun. « Les marchandises partent du port de Douala chaque jour pour les pays voisins comme la Centrafrique et le Tchad. Ville morte signifie que ce trafic sera perturbé et ces pays pourraient connaitre des ruptures des stocks, si la situation perdure », estime l’analyste David Mouabe.
Un point de vue qui n’est pas partagé par le politologue Pierre Nkah. « Les villes mortes ne feront pas tant perdre aux pays voisins que sont le Tchad et la RCA. Leur enclavement relatif ne doit pas être l’objet d’un chantage politicien entre M. Tchiroma et le camp dirigeant de Yaoundé. Celui qui perdra c’est le Cameroun. Le Tchad et la RCA ont entamé des négociations pour contourner le corridor camerounais depuis des années. On peut livrer la RCA à partir du Congo. Le Tchad peut se ravitailler à partir des ports de Guinée Equatoriale si la situation se complique au Cameroun. N’oublions pas déjà toutes les tracasseries sur les corridors Douala Ndjamena ou encore Douala Bangui. C’est par des arrangements intersubjectifs que ces pays continuent à passer par le Cameroun. Une moindre crise ou situation à leur désavantage les fera basculer sur des voies alternatives qui existent », explique-t-il.
Pour lui, « ce qui est en jeu, c’est la perte des recettes informelles liées aux tracasseries que les administrations camerounaises imposent aux exportateurs. C’est le contrôle de ces perdants individuels qui est normalement en jeu. Si non, dans la logique des importations la destination Cameroun n’est pas déconseillé depuis au moins trois mois. Ce qui signifie que les recettes douanières ne souffriront pas fondamentalement, c’est au niveau de la fiscalité interne qu’il faut craindre cette Conjoncture. Mais dans le système fiscal digitalisé aujourd’hui, rien ne se perd. Il y aura des recouvrements sur ce qui n’a pas été payé… Vous savez en période d’instabilité on oublie de mieux générer son gagne-pain ce qui peut aussi entraine des amendes à payer », conclut-il.

