Un échange anodin en apparence sur la page Facebook de la députée PCRN Nourane Fotsing pourrait bien annoncer un tournant dans sa trajectoire politique. Interpellée sur son avenir électoral dans la circonscription du Wouri-Est, l’élue a laissé entendre qu’elle ne se représentera peut-être plus, invoquant ses valeurs et ses principes face à une pression identitaire qui s’intensifie au sein même de son camp.
L’interpellation : « vas te présenter à Foumban »
Tout part d’un commentaire posté par Armand Noutack II sous une publication de la députée. Cet internaute, qui n’est pas lui-même originaire du Littoral, se fait l’écho d’une revendication qui circule depuis plusieurs mois dans cette région : « Seras-tu toujours candidate du PCRN au Littoral ? Ça devient compliqué ma sœur. Ils disent que tu dois aller te présenter au village à Foumban. » Il conclut par un slogan aux accents identitaires assumés : « Le Littoral aux LITTORALIENS. »
La mention de Foumban prend ici tout son sens. Nourane Fotsing est en effet originaire de cette ville, cœur historique et culturel du peuple Bamoun, dans la région de l’Ouest. C’est précisément cette origine qui nourrit les critiques de ceux qui estiment qu’elle devrait y exercer son mandat plutôt que dans le Wouri-Est, où elle est élue. Le message est donc limpide : en tant qu’allogène dans cette circonscription, elle est priée de rentrer briguer un siège dans sa région d’origine.
Cette revendication n’est pas portée par un individu isolé. Elle s’inscrit dans un débat qui couve depuis plusieurs mois au Littoral, relayé par des voix de la société civile et, fait notable, par des militants du PCRN eux-mêmes. Jean-Louis Batoum, figure du parti, a publiquement soutenu cette cause, en affirmant que “les Députés allogènes du Wouri n’ont fait aucun compte-rendu parlementaire à leurs électeurs durant le mandat“, semant une tension idéologique au cœur d’une formation qui se réclame pourtant republicaine.
La réponse de la députée : une sortie annoncée ?
Face à cette interpellation, Nourane Fotsing n’a ni esquivé ni répondu par la polémique. Elle a écrit : « Je ne serai peut-être plus candidate, assurément. Notre pays est riche de milliers de jeunes tout aussi talentueux. La vie ne se cantonne pas à être député éternellement. Mes valeurs et mes principes sont plus importants pour moi que le poste de Député. »
La formulation intrigue. Le « peut-être plus candidate, assurément » est grammaticalement ambigu, mais politiquement pesé. En faisant suivre l’hésitation apparente d’un « assurément », la députée semble indiquer une décision déjà actée, ou du moins très avancée. En invoquant ensuite ses valeurs comme supérieures au mandat, elle refuse de capituler devant la pression identitaire tout en ouvrant la porte à un retrait prochain. La référence aux « milliers de jeunes talentueux » parachève le tableau : Nourane Fotsing se pose en passeuse de relais plutôt qu’en élue cherchant à s’accrocher à son siège.
Au-delà du cas personnel de Nourane Fotsing, cet échange met en lumière une contradiction profonde qui traverse la politique camerounaise : celle qui oppose l’universalisme républicain “tout citoyen peut être élu n’importe où sur le territoire national” aux revendications autochtones qui conditionnent la légitimité d’un élu à son appartenance ethnique ou régionale.
Que le PCRN, parti d’opposition se réclamant du renouveau et du panafricanisme, soit traversé par cette tension est en soi révélateur des difficultés à maintenir une ligne idéologique cohérente face aux réalités identitaires du terrain électoral camerounais.
Si Nourane Fotsing confirme son retrait lors des prochaines législatives, la question de fond demeurera entière : qui, et au nom de quoi, a le droit de représenter les populations du Wouri-Est à l’Assemblée nationale ?

