À Maroua, les Musgum lèguent leur mémoire à la ville
Dans le cœur battant de Maroua, capitale de l’Extrême-Nord du Cameroun, une cérémonie empreinte de symbole et de fierté a marqué ce 4 juillet 2025. Ce jour-là, le peuple musgum a inscrit à jamais une page de son histoire dans le patrimoine collectif de la ville, en rétrocédant à la mairie ses célèbres cases traditionnelles construites en forme d’obus.
Sous le soleil ardent de la mi-journée, le stade municipal Lamido Yaya Daïrou s’est transformé en théâtre de mémoire. Au milieu d’un public attentif, d’autorités civiles, traditionnelles et administratives, le colonel Ahmad Kalkaba Malboum, figure emblématique de la communauté Musgum et président de l’association culturelle Ziba Musgum, a apposé sa signature sur l’acte de rétrocession. Face à lui, le maire de Maroua, Dr Sali Babani, recevait symboliquement ce legs, avec tout le respect dû à une mémoire transmise.
Ces cases en terre battue, au style architectural unique, avaient été érigées quelques mois plus tôt à l’occasion du festival culturel Musgum, célébré en février dernier. Inspirées d’un savoir-faire ancestral, elles allient esthétique, fonctionnalité et respect de l’environnement. Leurs parois courbées, leurs ouvertures en spirale, et leurs allures de coquille renforcée leur ont valu le surnom de « cases obus ». Mais derrière cette forme singulière, c’est toute une civilisation qui parle.
« En offrant ces cases à la ville, le peuple Musgum ne se dépossède pas. Il partage son âme, sa mémoire, son génie », confie avec émotion le colonel Kalkaba Malboum. « C’est une manière pour nous d’ancrer notre identité dans la pierre, au cœur de Maroua. »
Pour la commune, cette rétrocession est bien plus qu’un geste symbolique. Elle enrichit le paysage urbain d’un site culturel porteur de sens et de valeurs. « Ces cases sont appelées à devenir un repère touristique, une escale culturelle et pédagogique », explique le maire Dr Sali Babani. Elles s’inscrivent désormais dans la politique de valorisation du patrimoine local portée par la mairie.
Le gouverneur de la région, Midjiyawa Bakari, présent pour l’occasion, n’a pas manqué de souligner l’importance de cette initiative :
« Ce que nous vivons aujourd’hui dépasse le simple cadre d’un don. C’est une passerelle entre le passé et l’avenir, un dialogue entre tradition et modernité. »
Dans une région souvent confrontée à des défis sécuritaires et socioéconomiques, ce type de démarche apparaît comme un acte de foi en la résilience des communautés, en la capacité de la culture à rassembler et à construire. Le peuple Musgum, en rétrocédant ses cases, ne tourne pas une page : il l’ouvre. Celle d’une mémoire vivante, partagée, qui se raconte aux visiteurs comme aux générations futures.
À travers cette transmission, c’est une ville entière qui se redécouvre, qui apprend à lire autrement ses rues, ses symboles, son histoire. Et dans les sillons de la terre battue des cases Musgum, c’est toute la fierté d’un peuple qui demeure.
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