L’avocat et homme politique Christian Ntimbane Bomo dénonce une injustice majeure après le décès de Passi Evina King Stéphane, présenté comme l’inventeur du concept de prêt de crédit téléphonique au Cameroun et engagé depuis plus de dix ans dans un bras de fer avec Orange et MTN. Selon lui, la mort du jeune créateur, survenue à la suite d’un AVC, est indissociable du combat éprouvant qu’il menait pour faire reconnaître la paternité de son œuvre, qu’il accuse les deux opérateurs d’avoir exploitée sans compensation depuis 2011.

D’après les documents et témoignages transmis par Me Ntimbane Bomo, Passi Evina avait protégé son concept (HELP ME, le découvert téléphonique) auprès de la SOCILADRA, estimant que son invention relevait de la catégorie des œuvres électroniques protégées par la législation camerounaise sur le droit d’auteur. Convaincu que son idée avait été reprise sans son accord, il avait multiplié les recours auprès des autorités administratives, de la Présidence de la République et de l’Agence de régulation des télécommunications, sans obtenir la reconnaissance ou les compensations recherchées.
En 2024, son dossier avait pourtant connu une avancée : une ordonnance judiciaire avait interdit à Orange Cameroun et MTN Cameroun de proposer le service de prêt de crédit téléphonique. Mais, selon son avocat, les opérateurs n’auraient pas exécuté la décision, avant d’obtenir sa rétractation pour vice de forme, sans que cela ne remette en cause le fond des revendications de propriété intellectuelle. Une situation qui a prolongé un climat de tension et de désillusions pour le jeune inventeur, déjà fragilisé par des années de démarches infructueuses.
La mort de Passi Evina, inhumé récemment dans son village, laisse derrière lui une famille plongée dans l’incertitude et soulève des questions plus larges sur la capacité des créateurs camerounais à défendre efficacement leurs innovations face à des multinationales puissantes. À travers cette affaire, Christian Ntimbane Bomo pose une question désormais centrale : que vaut réellement la protection intellectuelle au Cameroun lorsque celui qui en réclame le respect se heurte à un système qu’il juge opaque, lent et déséquilibré ?
