Anniversaire de RDPC
Il y a des anniversaires qui appellent à la célébration. D’autres imposent un examen de conscience. Celui du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), né le 24 mars 1985 sous l’impulsion de Paul Biya, relève clairement de la seconde catégorie. En ce 24 mars 2026, le parti totalise 41 ans d’existence; une longévité qui, loin d’être uniquement un motif de fierté, interroge profondément.
À Bamenda, il y a plus de quatre décennies, la transformation de l’Union nationale camerounaise en RDPC s’annonçait comme une refondation. Officiellement, il s’agissait de rassembler, de moderniser, d’ouvrir une nouvelle ère politique. Dans les faits, ce moment fondateur a surtout marqué la consolidation d’un pouvoir personnel, habillé des apparences d’un renouveau institutionnel. Le parti n’a pas été conçu comme un instrument de débat démocratique, mais comme un levier de contrôle.
Depuis, le temps a passé. Mais la logique, elle, n’a presque pas changé.
Le RDPC s’est progressivement confondu avec l’État. Il en a épousé les contours, capté les ressources, verrouillé les mécanismes. Cette fusion a produit un système où l’alternance n’est pas simplement improbable; elle est structurellement empêchée. Les élections se succèdent, mais le résultat demeure inchangé. Le pluralisme existe sur le papier, mais dans la pratique, il se heurte à un mur.
Ce verrouillage a un coût. Et ce coût, ce sont les Camerounais qui le paient au quotidien.
Pendant que le parti célèbre sa longévité, les réalités sociales racontent une autre histoire : chômage endémique, services publics défaillants, infrastructures inachevées, insécurité persistante dans plusieurs régions. Le décalage entre le discours officiel (souvent grandiloquent, presque mystique) et la vie réelle est devenu abyssal. Le pouvoir parle d’unité et de stabilité ; les citoyens, eux, parlent de survie.
Plus grave encore, la gestion du pouvoir s’est accompagnée d’une restriction progressive de l’espace démocratique. Ceux qui contestent sont marginalisés, intimidés, parfois emprisonnés ou contraints à l’exil. L’opposition n’est pas combattue sur le terrain des idées, mais neutralisée par des mécanismes politiques et administratifs. Ce climat a étouffé l’innovation politique et appauvri le débat public.
Au cœur de ce système se trouve une figure : Paul Biya. À 93 ans, il demeure le centre de gravité absolu du pouvoir. Depuis son accession à la présidence, il a su adapter les règles du jeu à sa longévité politique, modifiant les textes, redéfinissant les équilibres institutionnels, toujours dans le sens d’un maintien au sommet. La question de la transmission, pourtant cruciale, reste taboue.
Ce refus de passer la main n’est pas neutre. Il fige le système, bloque les ambitions, empêche l’émergence d’une nouvelle génération politique capable de porter des réponses aux défis actuels. Il installe le pays dans une attente indéfinie, où l’avenir dépend d’un homme plutôt que d’institutions solides.
Le RDPC, aujourd’hui, donne l’image d’un appareil usé, replié sur lui-même, davantage préoccupé par sa survie que par le bien-être collectif. Sa longévité, souvent présentée comme une preuve de stabilité, ressemble de plus en plus à une inertie. Et cette inertie est devenue un frein.
Il ne s’agit plus seulement de critiquer un parti. Il s’agit de poser une question fondamentale : combien de temps un système politique peut-il durer lorsqu’il cesse de répondre aux aspirations de son peuple ?
L’histoire montre que nul pouvoir n’est éternel. Mais certains, à force de s’accrocher, laissent derrière eux des sociétés fragilisées, des institutions affaiblies, et une défiance durable.
À 41 ans, le RDPC devrait être à l’âge de la maturité. Il donne plutôt le sentiment d’un cycle à bout de souffle. Et face à cela, une évidence s’impose : un pays ne peut pas avancer durablement lorsque son avenir reste prisonnier de son passé.
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