À quelques jours du lancement de la campagne pour les élections régionales du 30 novembre, ELECAM tente de redorer une image sévèrement écornée par une présidentielle contestée de toutes parts. Réuni à Yaoundé pour sa troisième session de plein droit, l’organe électoral s’est montré désireux de prouver qu’il peut encore garantir un scrutin crédible, malgré les accusations persistantes de manipulation en faveur du RDPC, qui alimentent un climat politique saturé de méfiance. La direction d’ELECAM assure disposer d’un fichier électoral « assaini » et d’un matériel modernisé, mais ces engagements peinent à dissiper le doute d’une opinion publique lassée par des crises post-électorales à répétition.

En interne, les responsables affichent pourtant une confiance assumée. Le directeur général Éric Essousse, saluant une présidentielle qu’il qualifie de « satisfaisante », met en avant une collaboration renforcée avec l’ONU et des investissements techniques censés sécuriser chaque étape du processus. Des kits modernisés venus de Chine, la reprise de la production des cartes d’électeurs et une coordination accrue avec les délégués régionaux doivent, selon lui, garantir une élection sans failles. Cette autosatisfaction contraste cependant avec les nombreux témoignages et rapports indépendants dénonçant des irrégularités structurelles lors des précédents scrutins (bourrages d’urnes, pressions administratives, disparités d’accès au vote) autant de pratiques régulièrement attribuées au parti au pouvoir pour verrouiller l’espace politique.
Sur le terrain, les équipes régionales assurent que tout est prêt ou presque : 33 bureaux de vote annoncés dans la région du Centre, un fichier en cours de consolidation dans l’Adamaoua, une logistique déjà fonctionnelle dans le Littoral où deux collèges électoraux (conseillers municipaux et chefs traditionnels) seront mobilisés. La distribution des cartes doit démarrer dans les prochains jours. Mais cette mécanique administrative, soigneusement mise en scène par ELECAM, se heurte à une question centrale : comment convaincre les Camerounais de la transparence d’un processus piloté par une institution accusée d’être sous influence directe du RDPC, parti qui domine toutes les institutions depuis des décennies et qui n’a jamais montré d’appétit pour une véritable alternance ?
À mesure que le scrutin approche, ELECAM assure vouloir un processus « apaisé » et « efficace ». Mais dans un pays où les crises politiques se succèdent sans que les responsabilités ne soient réellement établies, l’apaisement ne peut venir d’un simple discours. Tant que les mécanismes permettant la fraude (réelle, supposée ou structurellement permise) ne seront pas démantelés, chaque élection restera un facteur d’instabilité plutôt qu’un moment démocratique. Le scrutin régional du 30 novembre sera donc moins un test technique qu’un test de crédibilité : celui d’une institution sommée de prouver qu’elle sert la nation, et non un parti unique soucieux de préserver un statu quo devenu explosif.