Après le coup d’Etat au Gabon : Michèle Ndoki envoie un message fort à Paul Biya

Dans une sortie intitulée: Epidémie de coups d’Etat en Afrique Francophone : que comprendre ? L’avocate au barreau du Cameroun fait une autopsie de l’actualité liée au coup d’Etat qui a secoué le Gabon cette semaine. Au passage l’ancienne cadre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun profite pour envoyer un message fort aux actuels dirigeants : “les leaders d’aujourd’hui doivent changer de paradigme et changer la manière dont nos pays sont gouvernés”, lance-t-elle, dénonçant au passage la gouvernance par la peur et la corruption. MMF vous propose en intégralité sa sortie.

“Quand je me suis réveillée avant-hier matin avec la nouvelle du Coup d’Etat au Gabon, la première émotion qui m’a étreinte c’est l’inquiétude. Évidemment, c’est tout près de chez nous, les gabonais et les camerounais sont des frères de pré et post colonisation : pouvoir totalitaire, élections truquées, corruption, répression sauvage des expressions d’opinions divergentes, nos histoires peuvent être racontées avec les mêmes mots ou presque depuis plus de soixante ans.

Nous vivons dans des pays où les richesses sont mal réparties ; le peuple qui possède ces richesses, qui travaille pour les produire est pauvre. Une minorité, locale ou venant de l’extérieur en revanche, profite allègrement du produit de son travail ou pille paisiblement ses ressources en s’appuyant sur lui comme « main d’œuvre locale ».

Pendant la colonisation, l’on expliquait aux africains que c’était pour leur bien, qu’ils devaient être civilisés, que c’était le prix à payer pour accéder à la modernité, abandonner l’état de ceux qui « autrefois vécurent dans la barbarie », pour « peu à peu sortir de la sauvagerie », comme le proclamait la première version en français de l’hymne national camerounais. Puis il y a eu deux guerres « mondiales », et les africains sont allés chez « les Blancs », ces modèles de modernité et de civilisation.

Ils sont revenus chez eux désillusionnés et porteurs d’un rêve d’Afrique restaurée, qu’on a appelé panafricanisme. Ceux qui voulaient les indépendances, revenir aux valeurs ancestrales, reprendre pour leurs pays respectifs le contrôle de leur destinée, ont été systématiquement éliminés. Pendant quelques décennies, le contrôle des media et des narratifs a permis de maintenir l’illusion que nous ne pouvions pas prendre soin de nous sans l’Aide Internationale au Développement.

Puis sont arrivés les réseaux sociaux et aujourd’hui, les dirigeants africains ne peuvent plus dissimuler la vérité : les leaders d’aujourd’hui doivent changer de paradigme et changer la manière dont nos pays sont gouvernés. Nous ne pouvons plus apparaître à nos concitoyens comme des tyrans aux ordres, ni diriger par la peur et la corruption et nous envelopper dans des Constitutions comme dans des capes de Vertu et de Légitimité.

Vous voyez, quand j’étais enfant, en cas de coup d’Etat les rues se vidaient, les coups de feu et les bruits de roues envahissaient l’air et les gens s’enfermaient chez eux, terrifiés. Aujourd’hui, à quelques exceptions près, les coups d’Etats font moins d’un mort. Etrangement, ce sont les « fair and transparent elections » qui occasionnent des morts par dizaines, voire centaines, au nom de la démocratie.

Aujourd’hui, quand l’armée envahit un palais, les femmes et les enfants descendent dans la rue pour chanter leur joie de voir le dirigeant plus ou moins bien élu déchu… Cela doit parler à notre expérience. Il y a quelque chose dans cette multiplication de remises en cause, par nos concitoyens militaires, de l’ordre constitutionnel, que nous devons entendre : le pouvoir ne doit pas seulement être dévolu par l’effet de la loi : il doit être légitime et reconnu comme tel par le peuple qui le donne ou l’accepte.

Nous, leaders, nous devons montrer que nous entendons cette exigence de nos concitoyens et agir en conséquence, pour rétablir la confiance avec nos électeurs potentiels respectifs. Bien sûr avec l’actualité du Gabon, après celle des autres pays frères, je pense à ma Chère Terre et j’espère que toute la classe politique camerounaise a reçu le message elle aussi. Parce qu’il faut dire les choses : notre économie s’effondre, plus de 50% du territoire est en zone de conflit armé, et les Enfants de ma Terre réclament en vain une alternative crédible urgente au pouvoir actuel défaillant.

Il nous faut réagir, je le disais déjà lorsque notre compatriote Martinez Zogo a été sauvagement assassiné. C’est la raison d’être du mouvement des Bâtisseurs : nous devons, nous, Enfants de ma Terre, nous rassembler pour réfléchir ensemble et nous organiser pour reprendre le contrôle de nos vies. Les Bâtisseurs provoquent des changements par l’action, ils ne comptent pas sur la providence.

Le candidat consensuel de l’opposition qui s’est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle au Gabon dénonce déjà une « révolution de palais »… Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous devons (re)prendre le contrôle de notre destinée commune sinon quelqu’un, quelques uns, le feront”.

Kamerun, Ekombo’a Mwaye.
Michele Ndoki

Mimi Mefo Info

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