Le gouvernement camerounais distingue désormais deux enveloppes dans sa coopération avec la Banque mondiale. Dans un communiqué daté du 15 octobre 2026, publié en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) fait état de 5,01 milliards de dollars approuvés par le Conseil d’administration de l’institution, pour 21 projets. Les accords effectivement signés ne concernent que 18 projets actifs, pour 4,129 milliards de dollars.

La différence, d’environ 881 millions de dollars, ne correspond pas forcément à des fonds restant à signer ou à décaisser : l’approbation d’un projet précède la signature de l’accord, et les versements se font ensuite par étapes. Parmi les 21 opérations approuvées, 15 sont nationales et six régionales. Le ministère n’en publie pas la liste, ce qui empêche d’identifier celles qui expliquent l’écart.
Le corridor économique Douala-Bangui illustre cette mécanique. Le 12 juin 2026, la Banque mondiale a approuvé 425 millions de dollars, soit près de 248 milliards de FCFA au taux indicatif du 14 octobre : un prêt de 407 millions de dollars de la BIRD et un crédit de 18 millions de l’IDA. Au 30 septembre, les deux concours restaient classés « Approved » dans la base financière de la Banque. Un décret présidentiel du 2 octobre a autorisé la signature de l’accord avec la BIRD, sans que l’on sache si celle-ci a eu lieu avant le 15 octobre.
Les chiffres communiqués à Bangkok diffèrent aussi de ceux avancés plus tôt. Le 9 septembre, le Minepat évaluait le portefeuille à 3,2 milliards de dollars, environ 1 806 milliards de FCFA. La Banque mondiale recensait, elle, 22 projets actifs au 10 septembre, dont six régionaux. Les périmètres n’étant pas identiques, ces décomptes ne permettent pas de suivre l’évolution des engagements.
Les conversions en FCFA du ministère interrogent également. Les 4,129 milliards de dollars signés sont chiffrés à 2 271 milliards de FCFA, et les 5,01 milliards approuvés à 2 915 milliards, soit des taux implicites d’environ 550 et 582 FCFA par dollar. L’écart affiché est de 644 milliards de FCFA. Au taux acheteur de 583,2579 FCFA par dollar publié par la BEAC pour le 14 octobre, les 881 millions de dollars équivalent à environ 514 milliards. Le Minepat n’explique pas sa méthode.
Reste la question des décaissements. Au 30 juin 2026, les 21 projets d’une analyse antérieure affichaient un taux global de 18,7 %, un chiffre établi sur un portefeuille différent de celui annoncé le 15 octobre.
À Bangkok, Yaoundé a demandé un raccourcissement des délais de traitement des avis de non-objection de la Banque mondiale, requis à certaines étapes de passation des marchés, et un meilleur appui aux unités de gestion des projets. Le gouvernement envisage aussi de réorienter des financements vers les opérations les plus performantes, une piste pour l’instant sans projets ni montants identifiés.
