Cameroon

Boycott du double scrutin : Issa Tchiroma Bakary doit-il maintenir sa décision ?

L’annonce est forte, presque spectaculaire. Le Front national pour le Salut du Cameroun (FSNC) ne participera pas aux élections législatives et municipales de 2026. Par la voix de sa porte-parole, Me Alice Nkom, Issa Tchiroma Bakary justifie ce choix par la contestation de l’élection présidentielle de 2025, qu’il estime avoir remportée face à Paul Biya. Sur le plan symbolique, la posture est claire : refuser de « légitimer » un régime qu’il juge illégitime. Mais sur le terrain politique camerounais, cette stratégie ressemble dangereusement à un suicide politique.

Le boycott, une arme à double tranchant

Dans l’histoire récente du Cameroun, le boycott électoral a rarement produit les effets escomptés. Pire, il a souvent affaibli durablement ceux qui y ont recours.

L’exemple du MRC est encore dans toutes les mémoires. En refusant de participer aux élections municipales et législatives de 2020, le parti de Maurice Kamto s’est privé d’élus, d’ancrage institutionnel et de visibilité locale. Ce choix a ensuite eu des conséquences lourdes : lors de la présidentielle suivante, le MRC ne remplissait plus les conditions légales pour investir son propre candidat. Maurice Kamto a dû quitter son parti pour rejoindre le Manidem.

Et même cette manœuvre n’a pas suffi. La double investiture avec Dieudonné Yebga a servi de motif à Elecam et au Conseil constitutionnel pour rejeter les deux candidatures. Résultat : le principal opposant du régime s’est retrouvé hors-jeu, non pas par manque de popularité, mais à cause d’une stratégie politique mal anticipée.

Le précédent du SDF : un avertissement historique

Le Social Democratic Front (SDF) avait lui aussi choisi la voie du boycott en 1994. À l’époque, le parti de John Fru Ndi incarnait l’espoir de l’alternance. Trente ans plus tard, il ne reste plus que l’ombre de cette force politique. Le boycott n’a pas renversé le régime ; il a plutôt contribué à marginaliser durablement le parti.

Le Cameroun a cette particularité : l’espace politique n’est jamais laissé vide. Quand un parti se retire, d’autres occupent la place.

Un FSNC en pleine dynamique

Contrairement au MRC en 2020 ou au SDF en 1994, le FSNC bénéficie aujourd’hui d’un contexte favorable : visibilité nationale, mobilisation militante, discours structuré, et une base électorale en expansion. Boycotter maintenant, c’est freiner une dynamique au moment même où elle pourrait se transformer en influence institutionnelle.

Les élections législatives et municipales ne sont pas de simples formalités. Elles permettent de contrôler des mairies, d’avoir des députés, d’installer un maillage territorial et de préparer les échéances futures. Renoncer à cet espace, c’est laisser le terrain libre au pouvoir et à ses alliés.

Une décision qui pénalise d’abord les militants

Si la posture morale peut séduire une partie de l’opinion, elle pénalise surtout les militants, les cadres locaux et les sympathisants qui espèrent voir leur engagement se traduire en résultats concrets : mairies, sièges au Parlement, visibilité politique.

Le boycott ne touche pas le régime. Il touche d’abord ceux qui y croient.

Maintenir la décision ou revoir la stratégie ?

La contestation d’une élection présidentielle peut être légitime. Mais elle ne doit pas conduire à l’auto-effacement politique. Dans un système où la conquête du pouvoir passe aussi par la présence institutionnelle, l’absence devient une faiblesse stratégique.

Issa Tchiroma Bakary se trouve à un tournant :
soit transformer la dynamique actuelle du FSNC en force politique durable, soit répéter les erreurs du passé, au risque de condamner son parti à l’isolement.

Le boycott peut être un cri de colère. Mais la politique, elle, se gagne sur le terrain.

Mimi Mefo Info Francais (Editor)

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