Au Cameroun, nourrir une personne incarcérée coûte officiellement 412 FCFA par jour. Ce chiffre, révélé dans le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), peut sembler anodin. Il prend une autre dimension lorsqu’on le rapproche de la réalité des prisons camerounaises : près de 37 000 détenus pour un peu plus de 20 000 places disponibles. Le taux d’occupation atteint ainsi 177,28 %. Derrière ces statistiques se trouvent des hommes et des femmes qui passent leurs journées dans des établissements où l’espace, la nourriture, l’eau et les soins sont devenus des ressources rares.
La baisse de la ration alimentaire est particulièrement préoccupante. Les données disponibles montrent qu’elle était de 631 FCFA par détenu et par jour en 2021. Elle est descendue à 431 FCFA en 2022, puis à 400 FCFA en 2023, avant de remonter légèrement à 412 FCFA en 2024. En quatre ans, la dotation a donc perdu près d’un tiers de sa valeur nominale. Dans le même temps, les prix des produits alimentaires ont fortement augmenté au Cameroun. Avec la même somme, les établissements pénitentiaires peuvent acheter moins de nourriture qu’il y a quelques années. Le problème n’est donc pas seulement celui du montant affiché sur les documents budgétaires. C’est aussi celui de ce que ce montant permet réellement de mettre dans les assiettes.
La situation devient encore plus difficile avec la surpopulation. Les prisons camerounaises ont été conçues pour accueillir environ 20 955 personnes, alors qu’elles en comptaient plus de 37 000 fin 2024. Dans certains établissements, plusieurs détenus doivent partager des espaces prévus pour un nombre bien inférieur de personnes. La promiscuité favorise la propagation des maladies et rend plus difficile l’accès à l’eau, aux sanitaires et aux soins. Dans ces conditions, une alimentation insuffisante n’est pas un simple problème de confort. Elle peut affaiblir davantage des personnes déjà exposées au paludisme, à la tuberculose, aux infections et à d’autres maladies signalées dans les prisons.
Le problème est également visible dans la composition des repas. Des rapports des Nations unies ont déjà fait état de plaintes concernant la quantité et la qualité de la nourriture servie dans les prisons camerounaises. Certains détenus ont déclaré ne recevoir qu’un repas par jour. Les repas sont souvent composés principalement de féculents comme le riz ou le manioc, avec une présence limitée de protéines. Or, une personne malade, âgée ou particulièrement affaiblie ne peut pas avoir les mêmes besoins alimentaires qu’un adulte en bonne santé. Lorsque les ressources diminuent, ce sont souvent les aliments les plus coûteux, notamment les sources de protéines, qui deviennent difficiles à maintenir dans les menus.
Dans plusieurs cas, les familles jouent alors un rôle essentiel pour compléter l’alimentation. Elles apportent de la nourriture, de l’argent ou d’autres produits nécessaires à leurs proches. Mais cette situation crée une différence entre les détenus. Celui qui a une famille capable de l’aider peut recevoir des compléments. Celui qui n’a personne dehors, ou dont les proches n’ont pas les moyens, dépend entièrement de la ration fournie par l’administration pénitentiaire. La prison ne devrait pourtant pas devenir un endroit où la qualité de l’alimentation dépend de la capacité financière de la famille.
Cette situation pose aussi la question de la responsabilité de l’État. Une personne détenue est privée de sa liberté, mais elle reste entièrement sous la responsabilité des pouvoirs publics pour ses besoins essentiels. Elle ne peut pas sortir acheter de la nourriture, chercher un médecin ou trouver un autre endroit où dormir. Lorsqu’elle est malade ou affamée, elle dépend du système pénitentiaire. C’est précisément ce qui rend la question alimentaire si sensible.
Le paradoxe est que les dépenses totales consacrées à l’alimentation des détenus ont augmenté au fil des années. Mais cette hausse ne signifie pas que chaque détenu est mieux nourri. Le nombre de personnes incarcérées a lui aussi augmenté. Lorsque l’enveloppe progresse moins vite que la population carcérale et que les prix augmentent, la part réellement disponible pour chaque personne diminue. C’est ce qui permet de comprendre comment un budget global plus important peut finalement aboutir à une ration individuelle aussi faible.
Il serait toutefois réducteur de faire porter toute la responsabilité de cette situation sur le seul budget alimentaire. La surpopulation carcérale est au cœur du problème. Une partie importante des personnes détenues se trouve encore en détention provisoire. Des personnes qui n’ont parfois pas encore été condamnées occupent donc des places dans des prisons déjà saturées. Les retards judiciaires et le recours important à la détention provisoire contribuent directement à cette situation.
Le Cameroun se retrouve ainsi devant une équation difficile : davantage de détenus, des prisons qui manquent de places et une alimentation qui ne suit pas l’évolution du coût de la vie. À cela s’ajoutent les problèmes d’eau, d’hygiène et de soins médicaux. Pris séparément, chacun de ces problèmes est déjà sérieux. Lorsqu’ils se cumulent dans un même établissement, ils peuvent avoir des conséquences beaucoup plus graves sur la santé des personnes incarcérées.
Il serait donc dangereux de considérer les 412 FCFA comme une simple ligne dans un document administratif. Derrière cette somme, il y a trois repas qui ne sont pas toujours garantis dans de bonnes conditions, des personnes malades qui ont besoin de forces pour se rétablir et des détenus qui n’ont aucun autre moyen de subvenir à leurs besoins. Le risque n’est pas nécessairement celui d’une mort immédiate par famine. Il est plus insidieux : une alimentation pauvre peut affaiblir progressivement l’organisme et rendre une personne beaucoup plus vulnérable aux maladies qui circulent déjà dans un environnement surpeuplé.
Le débat sur les prisons camerounaises ne devrait donc pas se limiter à la construction de nouvelles cellules. Il faut aussi s’interroger sur le nombre de personnes placées en détention provisoire, sur les délais de jugement, sur les budgets consacrés à l’alimentation et aux soins, mais aussi sur le contrôle de l’utilisation de ces ressources. Une prison n’est pas seulement un lieu où l’on enferme ceux qui ont été condamnés. C’est aussi un lieu où l’État porte une responsabilité directe sur la vie des personnes qu’il prive de liberté.
À 412 FCFA par jour, dans des prisons occupées à plus de 177 %, la question n’est plus seulement de savoir si les détenus mangent. Elle est de savoir dans quelles conditions ils mangent, ce qu’ils mangent et combien de temps un organisme peut tenir dans de telles conditions. Pour les personnes incarcérées, ces chiffres ne sont pas des statistiques. Ce sont leurs repas, leur santé et, pour certaines d’entre elles, leur capacité à rester en vie jusqu’au jour de leur libération.
Chaque jour, des milliers d'automobilistes camerounais s'arrêtent aux barrières de péage disséminées sur les routes…
Quinze ans après son lancement commercial, Camair-Co n'a toujours pas produit un seul exercice bénéficiaire.…
L'analyse de Tientcheu Nouake, appuyée sur dix années de rapports de la Commission nationale anti-corruption,…
Seven years after the date the Cameroonian military says journalist Samuel Ajiekah Abuwe, popularly known…
Il aura donc fallu attendre une nouvelle tragédie pour que le ministère des Transports reconnaisse…
Le Dr Jean Crépin Soter Nyamsi a officialisé en avril 2026 sa candidature à la…