La Banque africaine de développement (BAD) annonce une chute vertigineuse de 94,2% des subventions sur les carburants au Cameroun en 2025. Ce recul historique s’inscrit dans une politique de réduction des dépenses publiques jugées « improductives » par les autorités. En clair, l’État se désengage presque totalement du soutien à la consommation des produits pétroliers, une décision rendue possible par les deux augmentations successives des prix à la pompe intervenues en 2023 et 2024.
Si cette baisse spectaculaire des subventions permet au gouvernement de tenir sa promesse de ne pas augmenter davantage les prix cette année, elle n’efface pas pour autant les séquelles sociales laissées par les hausses précédentes. En janvier 2023, le super, le gasoil et le pétrole destiné à l’industrie avaient respectivement grimpé de 15%, 25,2% et 36,5%. Rebelote en février 2024, avec une hausse de 15% sur le super et le gasoil. Objectif affiché : soulager un Trésor public étranglé par une facture de 700 milliards de FCFA en 2022.
Mais derrière l’argument budgétaire se cache une réalité plus amère : celle d’un pouvoir d’achat en chute libre et d’une inflation qui s’est envolée bien au-delà de la norme communautaire de 3%. Pour de nombreux Camerounais, cette réforme, pilotée sans véritable filet social, alourdit le coût de la vie et creuse un peu plus le fossé entre l’État et les citoyens. Dans les marchés, les transports, les services, chaque hausse des prix des carburants s’est immédiatement répercutée sur les ménages.
La BAD, si elle salue l’effort de rationalisation budgétaire, n’élude pas les risques d’instabilité sociale liés à cette politique d’austérité. Alors que 13% des dépenses budgétaires restent allouées aux subventions et transferts, la question se pose : à quoi sert de rééquilibrer les comptes publics si c’est au prix d’un déséquilibre social profond ? Le Cameroun semble avoir opté pour une réforme brutale, sans accompagnement à la hauteur de ses conséquences.

