Dans quelques jours, les juges du Conseil Constitutionnel seront appelés à trancher les recours relatifs aux candidatures à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Et déjà, une partie de l’opinion camerounaise semble avoir rendu son verdict : le Conseil ne dira rien d’autre que l’éternel « irrecevable ». Un mot devenu symbole d’un système où la justice est perçue comme aux ordres, où les règles de droit cèdent systématiquement devant les intérêts du pouvoir en place. Dans ce climat de désillusion démocratique, Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du Parti HÉRITAGE, lance une interpellation grave et directe à l’endroit des juges constitutionnels.

À travers une tribune sans détour, il exprime l’amertume d’un peuple qui ne croit plus en l’État de droit. Selon lui, la manipulation flagrante des délais légaux par Elecam pour publier la liste définitive des candidats est un affront à la légalité, un piège tendu pour étouffer toute contestation crédible. Le Conseil Constitutionnel, loin de jouer son rôle de régulateur impartial, apparaît dans les discours publics comme « un partenaire de consolidation du pouvoir », un théâtre juridique chargé de justifier l’injustifiable. « Qui osera annuler le processus électoral ? », interroge-t-il, traduisant le découragement d’une nation privée d’alternance.
Mais l’attaque du juriste va au-delà du politique : elle touche à l’éthique, à la dimension sacrée de la justice. Christian Ntimbane Bomo rappelle que juger n’est pas un simple acte administratif, mais une mission spirituelle, une délégation symbolique de Dieu lui-même. En cela, les juges ne rendent pas seulement des décisions : ils rendent compte à la conscience collective, à l’histoire et à une force supérieure. Il les invite à se regarder dans le miroir de leur serment, à se souvenir que leur engagement porte la marque du sacré, avec des conséquences irréversibles lorsqu’il est trahi.
Il conclut en comparant le Conseil Constitutionnel à la célèbre Tour de Pise, penchée depuis 1173, incapable de se redresser. Une métaphore forte, cruelle, mais lucide sur la perception qu’ont les Camerounais de cette institution : une instance qui penche toujours du même côté, depuis toujours. À l’approche d’un scrutin crucial pour le pays, Christian Ntimbane Bomo ne demande pas la perfection, mais un sursaut. Un moment de vérité, peut-être le dernier, pour que la justice retrouve enfin sa verticalité.
