Alors que le Cameroun retient son souffle à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, la cacophonie au sommet de l’État alimente l’incertitude. Le politologue camerounais Christopher Fomunyoh, directeur Afrique du National Democratic Institute à Washington, interpelle frontalement Paul Biya : « C’est le moment de prendre votre retraite et d’être respecté ». Une déclaration sans équivoque, dans un contexte où les signaux émanant du régime sont de plus en plus contradictoires : le porte-parole du gouvernement évoque une candidature incertaine du président, pendant que celui du parti au pouvoir l’affirme déjà investi.
Ce désordre communicationnel, symptomatique d’un pouvoir essoufflé, est dénoncé par Fomunyoh comme révélateur d’une gouvernance dépassée par les réalités du pays. Tandis que René-Emmanuel Sadi tente de rassurer en évoquant les angoisses des Camerounais, Jacques Fame Ndongo, lui, multiplie les déclarations dogmatiques, renforçant le flou au lieu de l’éclaircir. Pour Fomunyoh, ce double discours n’est pas anodin : il reflète une incapacité à préparer une véritable transition, tout en maintenant le pays dans une incertitude calculée.
Dans un registre à la fois critique et lucide, le politologue affirme qu’une nouvelle candidature de Paul Biya — 92 ans, au pouvoir depuis 1982 — serait plus un « cadeau à l’opposition » qu’un réel enjeu électoral. Un président fatigué, incapable de battre campagne, serait selon lui un adversaire facile à battre. Mais il préfère ne pas céder au cynisme : « En tant que grand-père, arrière-grand-père, c’est l’occasion pour lui de sortir avec dignité ». Une main tendue à celui qu’il qualifie encore de figure respectée — s’il accepte de se retirer.
Au-delà du cas camerounais, Christopher Fomunyoh élargit la réflexion au rôle de l’Afrique sur la scène internationale, notamment face à l’offensive diplomatique des États-Unis. Il salue la volonté de Washington de privilégier le commerce aux aides, tout en notant les arrière-pensées géopolitiques dans la sélection des chefs d’États invités par Donald Trump. Pour lui, si cette dynamique permet d’ouvrir un nouveau chapitre de coopération équitable, elle pourrait aussi pousser les États africains à plus de responsabilité dans la gestion de leurs ressources — à condition que leurs dirigeants soient légitimes et capables.

