Cameroon

Comment comprendre le silence assourdissant de l’opposition face à la crise statutaire du RDPC?

Depuis plusieurs mois, un cadre du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), Léon Theiller Onana, a lancé une bombe juridique et politique : en l’état actuel, le RDPC ne peut légalement investir aucun candidat à l’élection présidentielle de 2025 sans la tenue préalable d’un congrès ordinaire. Une exigence prévue par les statuts du parti, mais négligée depuis des années. Face à cette faille d’une gravité inédite dans les rangs du parti au pouvoir, on aurait pu s’attendre à une ruée des opposants et à un emballement des médias. Mais exceptés Maurice Kamto, ses militants et équinoxe tv, les autres n’en parlent pas.Hormis Maurice Kamto, président du MRC, qui a saisi l’occasion pour dénoncer l’impossibilité du RDPC à investir un candidat sans violer ses propres textes, la quasi-totalité de la classe politique est restée étrangement silencieuse. Ni réaction officielle de Cabral Libii, ni de Joshua Osih, encore moins de certains anciens candidats déclarés. Aucune conférence de presse, pas de tribune offensive, et encore moins de stratégie politique visible.

Cette inertie interroge. Comment expliquer que l’opposition camerounaise, souvent prompte à dénoncer les fraudes électorales ou les abus du pouvoir, reste de marbre alors qu’un cadre du RDPC lui offre sur un plateau l’occasion de fragiliser le régime ?

La presse généraliste, elle aussi muette ?

Sur la majorité des plateaux de télévision, les émissions politiques se sont poursuivies comme si de rien n’était. Ironie du moment : certains débats ont été consacrés à démontrer que Maurice Kamto ne pourrait pas se présenter, plutôt que d’analyser le fait que le RDPC lui-même est statutairement inapte à présenter un candidat.

Certains commentateurs, d’habitude très loquaces sur les querelles de l’opposition, ont préféré minimiser l’impact du communiqué de Theiller Onana, voire l’ignorer totalement. Pourtant, l’enjeu est colossal : un parti incapable d’investir légalement son candidat est un parti en crise existentielle.

Ce silence peut s’expliquer, en partie, par une fatigue politique chronique. Après des décennies d’élections verrouillées, de contestations sans effet, et de répression des voix dissidentes, une partie de l’opposition semble avoir intériorisé la résignation. À quoi bon crier victoire trop tôt si, au final, c’est toujours le même résultat ?

Mais ce raisonnement est un piège. Car ignorer une brèche dans le système, c’est laisser le régime la colmater discrètement. Or, en politique, le timing est capital : quand le mur s’effondre, il faut être prêt à entrer, pas à discuter de l’opportunité d’y aller.

Une opportunité historique manquée ?

L’initiative de Theiller Onana aurait pu être un point d’inflexion dans l’histoire politique récente du Cameroun. Pour la première fois, une crise venait non de l’extérieur du système, mais de son cœur même. Un conflit statutaire, juridiquement défendable, et politiquement explosif. Une chance rare d’imposer le respect du droit, non pas dans l’opposition, mais au sein du pouvoir lui-même.

Mais à trop vouloir être stratège, à trop calculer les gains immédiats ou à trop se méfier les uns des autres, l’opposition a manqué l’instant.

Le silence observé en dit long sur la configuration politique actuelle. Il révèle une opposition plus dispersée qu’active, plus spectatrice que conquérante, et des médias parfois plus préoccupés par les querelles d’ego que par les failles du système.

Mais tout n’est pas perdu. Car si cette crise statutaire du RDPC venait à s’amplifier (et elle le pourrait très vite à mesure que l’échéance électorale approche), ce sont les acteurs les plus alertes, les plus crédibles, les plus préparés qui sauront en tirer parti. Encore faut-il ne pas dormir pendant que le pouvoir s’effondre sur lui-même.

Gilles Noubissi

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