Une nouvelle crise secoue discrètement le secteur pétrolier camerounais. Depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, les grands distributeurs réunis au sein du Groupement des professionnels du pétrole (GPP) (parmi lesquels TotalEnergies, Tradex, Neptunes Oil, Ola Energy, Gulfcam et Corlay Cameroun) menacent de ne plus s’approvisionner auprès des importateurs extérieurs au groupement. Cette décision radicale fait suite à une querelle autour des quotas d’importation du super et du diesel. Selon le GPP, ses membres, qui assurent 75 % du marché national et exploitent près de 600 stations-service, n’ont obtenu que 3,62 % des volumes de gasoil pour le dernier trimestre de 2025, une répartition jugée arbitraire et économiquement insoutenable.
À l’origine de cette tension, la libéralisation du marché décidée en décembre 2023, censée stimuler la concurrence après l’incendie de la Sonara. Mais cette ouverture semble aujourd’hui avoir engendré une fragmentation du secteur. Le GPP accuse la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) d’avoir favorisé des « importateurs opportunistes », peu présents sur le terrain, qui ralentiraient la distribution et monopoliseraient les infrastructures de stockage. Une situation paradoxale pour les acteurs historiques qui, malgré leur poids économique, se sentent marginalisés dans un système où la répartition des quotas ne reflète plus la réalité du marché.
Dans un contexte économique et politique tendu (à la veille des fêtes de fin d’année et dans la foulée d’un scrutin contesté) le risque de rupture d’approvisionnement inquiète. Le GPP réclame une révision immédiate du mécanisme d’attribution des cargaisons, proportionnelle aux parts de marché : 75 % pour les distributeurs du groupement, 25 % pour les autres. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie tente actuellement une médiation pour éviter une pénurie qui serait désastreuse tant pour les consommateurs que pour la stabilité du pays.
Derrière cette querelle technique se cache une équation plus profonde : comment concilier libéralisation et sécurité énergétique dans un marché encore dépendant à 100 % des importations ? En cherchant à diversifier les acteurs, l’État a peut-être fragilisé les équilibres logistiques et financiers d’un secteur stratégique. Si aucun compromis n’est trouvé, le Cameroun pourrait se retrouver confronté non seulement à une crise d’approvisionnement, mais aussi à une remise en question de la crédibilité même de sa politique énergétique.
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