Alors que la loi impose à l’État camerounais de consacrer au moins 15 % de ses recettes aux collectivités territoriales décentralisées (CTD), les transferts effectifs n’ont cessé de diminuer depuis 2022, chutant de près de 40 % en trois ans. Le dernier rapport d’exécution budgétaire publié par la Chambre des comptes confirme non seulement l’effritement de la Dotation générale de la décentralisation (DGD), mais révèle aussi de profondes divergences méthodologiques avec le ministère des Finances, qui défend une lecture bien plus favorable de l’effort de l’État. Une dynamique qui questionne la cohérence du discours officiel sur la décentralisation et l’engagement réel du gouvernement à soutenir les collectivités.

Au cœur de la controverse : le calcul même de la DGD. Quand le MINFI affirme avoir atteint 14,54 % des recettes en 2024, la Chambre des comptes ramène cette proportion à 2,08 %, en dénonçant l’intégration illégale de la fiscalité propre des CTD dans l’enveloppe de l’État. Le ministère, rattrapé par son propre argumentaire, admet ensuite que la dotation réelle tourne plutôt autour de 3 %, mais y ajoute des « concours financiers indirects » pour tenter de hisser l’effort global à 10 %. La juridiction financière refuse cette gymnastique comptable et pointe une instabilité méthodologique qui brouille la lisibilité des engagements, en plus d’une répétée absence de fixation explicite du taux légal dans les lois de finances 2022 et 2023.
Sur le terrain, les chiffres sont sans appel. La DGD est passée de 209,3 milliards FCFA en 2022 à 127,5 milliards en 2024, tandis que l’ensemble des concours financiers recule de plus de 509 milliards en 2023 à 456 milliards en 2024. Cette contraction survient paradoxalement à un moment où l’État transfère davantage de compétences aux communes et régions, les laissant avec des responsabilités accrues mais des ressources fragilisées. Pour la Chambre des comptes, ce décrochage budgétaire ne relève pas d’un simple ajustement conjoncturel mais d’un désengagement structurel, en contradiction totale avec l’esprit de la réforme de la décentralisation.
En appelant à une identification claire et unique de la DGD dans les lois de finances, la juridiction met le doigt sur le vrai enjeu : l’opacité qui entoure le financement de la décentralisation. Sans cadre transparent, les CTD demeurent dans l’incertitude, dépendantes des arbitrages du ministère et incapables de planifier leurs politiques publiques. À mesure que l’écart avec le seuil légal de 15 % se creuse, c’est la crédibilité même de la décentralisation camerounaise qui vacille, transformant une réforme ambitieuse en promesse ajournée.
