Un scandale à la fois choquant et symptomatique éclabousse la police camerounaise, digne d’un remake de l’affaire Balthazar. Des vidéos à caractère sexuel, mettant en scène deux policières dans des ébats homosexuels et filmées dans un bureau officiel de la Délégation régionale de la sûreté nationale du Centre, secouent l’institution. Bien qu’il n’apparaisse pas à l’image sur les vidéos que nous avons en notre possession, le commissaire divisionnaire Ossomo Josué, alors délégué régional par intérim, est soupçonné d’être impliqué, le lieu du tournage n’étant autre que son propre bureau. Celui qui filmait la scène reste invisible, mais l’onde de choc a été telle que l’officier a été aussitôt relevé de ses fonctions, remplacé à titre intérimaire par le commissaire divisionnaire Abena Armand.
L’affaire, d’une gravité inédite, soulève de lourdes interrogations sur la moralité d’un corps censé incarner l’ordre et la rigueur. Que des agents en uniforme se livrent à de telles pratiques dans un cadre professionnel, en pleine journée et dans un lieu symbolique de l’autorité républicaine, témoigne d’un profond relâchement moral et hiérarchique. Ce dérapage n’est pas qu’une affaire de mœurs : il met en lumière l’impunité latente et l’effondrement des standards au sein d’un appareil sécuritaire déjà fragilisé.
Car pendant que certains agents semblent préoccupés par leurs plaisirs personnels, les usagers camerounais, eux, continuent de subir au quotidien les lenteurs insupportables des services de police. Cartes nationales d’identité introuvables, files d’attente interminables pour une simple certification de document, plaintes laissées sans suite, multiplication des agressions urbaines : le contraste entre les priorités des policiers et les besoins urgents des citoyens devient révoltant. L’institution semble davantage tournée vers sa propre déliquescence que vers sa mission régalienne de protection.
Ce scandale, loin d’être un simple fait divers croustillant, cristallise un malaise profond : celui d’une police en perte de repères, dont la crédibilité et l’efficacité sont sérieusement remises en cause. À moins d’une réforme courageuse et d’un assainissement interne rigoureux, l’indignation populaire pourrait se muer en rupture totale de confiance un risque lourd dans un pays où la sécurité est déjà un luxe.

