Il aura donc fallu attendre une nouvelle tragédie pour que le ministère des Transports reconnaisse officiellement l’ampleur du problème. Dans un communiqué publié après le drame de Ndikiniméki, le ministre des Transports révèle que 35 accidents liés au stationnement dangereux ou abusif de véhicules de transport ont été recensés depuis le 1er juin 2026. Le bilan est glaçant : 16 morts et plus de 40 blessés. Sur trois grands axes routiers, 61 véhicules présentant des dangers potentiels ont également été identifiés.

Ces chiffres posent une question simple : qu’attendait-on pour agir ?
Le plus révoltant n’est pas seulement que ces véhicules dangereux aient été identifiés. C’est que les autorités reconnaissent elles-mêmes que le phénomène était connu, documenté et suffisamment grave pour provoquer des accidents récurrents. Pourquoi avoir attendu le drame de Ndikiniméki, avec ses morts et ses dizaines de blessés, pour intensifier les opérations de répression ?
Dans un pays normalement administré, une telle situation aurait des conséquences politiques. Le ministre des Transports, responsable de la sécurité routière et désormais confronté à la preuve que les alertes existaient, devrait au minimum rendre des comptes sur les mesures prises — ou plutôt sur celles qui ne l’ont pas été.
Mais le problème dépasse largement le ministère des Transports. Il renvoie également à la responsabilité du ministère des Travaux publics, dont la mission est de garantir des infrastructures routières sûres et adaptées aux besoins du pays. Au Cameroun, des axes nationaux continuent pourtant de se dégrader, tandis que les populations alertent quotidiennement sur les nids-de-poule, les chaussées défoncées, l’absence de signalisation et les conditions dangereuses de circulation.

Et lorsque des travaux sont engagés, leur qualité, leur durabilité et leur conformité aux standards modernes soulèvent régulièrement des interrogations. Une route ne devrait pas être considérée comme un simple ruban d’asphalte posé pour inaugurer un projet. Elle doit répondre à des normes de sécurité, de résistance, de drainage, de signalisation et d’exploitation.
Le plus grave, finalement, est cette gouvernance qui semble fonctionner après le drame plutôt qu’avant. On verbalise après les accidents. On dégage les obstacles après les morts. On annonce des mesures après les catastrophes.

Combien faudra-t-il encore de cercueils pour que l’État considère enfin la sécurité routière comme une urgence nationale ?
Si le Cameroun était gouverné selon une véritable culture de responsabilité publique, les deux ministres concernés devraient aujourd’hui s’expliquer publiquement. Et, dans un système où la responsabilité politique a encore un sens, la démission ne serait pas une extravagance : elle serait un acte de dignité.