Du 16 octobre au 31 décembre 2025, Eneo Cameroun engage une campagne d’envergure visant la mise à jour de plus de 622 000 compteurs électriques dans la ville de Douala et ses environs. Présentée comme une opération gratuite d’inspection et de fiabilisation des données clients, cette initiative touche aussi bien les ménages que les petites entreprises, dans un contexte où les plaintes liées à la facturation erronée et à la qualité du service continuent d’alimenter la méfiance du public envers le concessionnaire.

Selon l’entreprise, les agents déployés procèdent à la vérification, la géolocalisation et la mise à jour des informations clients, tout en effectuant un contrôle visuel des installations. Les clients sont invités à collaborer, à condition de vérifier l’identité des équipes via badge, carte professionnelle et QR code d’authentification. Eneo justifie cette opération par la nécessité de moderniser son fichier clientèle et d’assurer une facturation plus juste, notamment après les critiques récurrentes sur la gestion opaque des compteurs et la différence de traitement entre les abonnés prépayés et postpayés.
Mais derrière l’argument technique, cette campagne traduit aussi la pression croissante sur Eneo, confrontée à une fraude massive estimée à près de 60 milliards de FCFA de pertes annuelles, et à la surveillance renforcée de l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel). En 2022, le régulateur avait dénoncé des écarts tarifaires injustifiés entre clients et imposé une harmonisation des grilles, entrée en vigueur en novembre 2024. Cette mise à jour intervient donc dans un climat de redressement forcé, où la moindre erreur pourrait accentuer la défiance déjà palpable.
Si l’ambition affichée est celle d’une facturation plus transparente et d’une relation client assainie, les usagers, eux, attendent des résultats tangibles : moins d’estimations arbitraires, des relevés fiables et une meilleure réactivité face aux réclamations. Pour beaucoup, cette opération ne suffira à restaurer la confiance qu’à une seule condition — que la modernisation promise ne se transforme pas en nouvel argument de communication, mais en véritable réforme du service public de l’électricité au Cameroun.