Dans les plaines asséchées de l’Extrême-Nord Cameroun, le vent chaud soulève la poussière d’un sol fissuré par la sécheresse. Jadis fertiles et verdoyantes, ces terres nourricières se meurent peu à peu sous les effets du changement climatique. Pour les agriculteurs et surtout les femmes rurales, piliers de l’économie vivrière, le constat est alarmant : la nature semble leur tourner le dos.
Dans les villages du Diamaré, du Mayo-Danay et du Mayo-Tsanaga, les récoltes ne sont plus ce qu’elles étaient. Les pluies, jadis régulières, deviennent capricieuses. Elles tombent tard, s’interrompent brusquement, laissant les champs de mil, de sorgho ou d’arachide à moitié mûrs. « Nous semons, mais nous ne savons plus quand la pluie viendra. Parfois, elle s’arrête trop tôt et tout sèche », témoigne Hawa, mère de six enfants à Mindif, les mains couvertes de poussière rouge.
Les femmes, premières victimes de cette crise silencieuse, redoublent d’efforts pour nourrir leurs familles. Levées avant l’aube, elles parcourent des kilomètres à la recherche d’eau pour les cultures et pour la maison. Certaines tentent de sauver les semis à la main, d’autres se tournent vers de petites activités comme la vente de charbon ou de beignets pour compenser la perte des récoltes.
Mais le désespoir gagne du terrain. Dans plusieurs localités, les jeunes désertent les campagnes, attirés par les villes ou les frontières voisines, laissant derrière eux des terres abandonnées et des femmes seules face au défi climatique. « La terre ne donne plus, nos maris partent, et nous restons avec les enfants », confie Aissatou, agricultrice à Gawar.
Les organisations locales tentent de réagir. Des associations de femmes s’unissent pour créer de petits jardins communautaires irrigués, où elles cultivent des légumes résistants à la sécheresse. D’autres expérimentent des techniques d’agriculture intelligente, comme l’utilisation de semences à cycle court. Mais ces initiatives restent limitées face à l’ampleur du phénomène.
Le changement climatique n’est plus une menace lointaine : il est déjà là, visible, palpable, implacable. Dans l’Extrême-Nord Cameroun, il redessine le quotidien des populations rurales, met à l’épreuve leur résilience et remet en question des traditions agricoles séculaires.
Entre espoir et désillusion, ces femmes et ces agriculteurs continuent pourtant de se battre, portés par un seul rêve : celui de voir à nouveau la pluie bénir leurs terres, et redonner vie à une région qui, malgré tout, refuse de se résigner.
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