Extrême-Nord : Une crise énergétique a fait exploser le prix du ciment à 9 000 FCFA et plus
Dans les quincailleries de Maroua, Kousseri, Mokolo ou encore Yagoua, le constat est le même : le prix du sac de ciment a connu une envolée sans précédent. Vendu il y a encore quelques semaines entre 5 000 et 6 500 FCFA selon les localités, il s’échange désormais jusqu’à 9 000 FCFA, voire davantage chez certains détaillants. Une hausse qui suscite colère et inquiétude chez les ménages, les maçons et les promoteurs immobiliers.
Derrière cette flambée spectaculaire se cache une crise dont les origines remontent bien au-delà du simple marché du ciment. L’enquête menée auprès d’acteurs du secteur révèle qu’il s’agit avant tout des conséquences d’une grave perturbation de l’approvisionnement énergétique dans le Grand-Nord.
Selon plusieurs sources industrielles, la cimenterie de Figuil, principal fournisseur des régions du Nord et de l’Extrême-Nord, a été contrainte de ralentir, voire de suspendre temporairement une partie de ses activités en raison des difficultés de production électrique observées dans la zone septentrionale. Or, cette usine constitue un maillon essentiel de l’approvisionnement en ciment de toute la partie nord du pays.
Lorsque la production a commencé à diminuer, les premiers effets ne se sont pas immédiatement fait sentir sur le marché. Les distributeurs ont d’abord puisé dans leurs stocks. Mais à mesure que les réserves s’épuisaient, les tensions sont devenues visibles. Dans plusieurs villes de l’Extrême-Nord, les commerçants ont commencé à signaler des difficultés d’approvisionnement, tandis que les clients se sont rués sur les dernières quantités disponibles.
La loi du marché a alors joué pleinement. Face à une offre en chute libre et une demande qui demeure forte, notamment en pleine saison des constructions et des chantiers privés, les prix ont rapidement grimpé.
Mais la crise énergétique n’explique pas à elle seule l’ampleur de la hausse observée. Les investigations montrent que plusieurs facteurs se sont combinés pour accentuer la situation.
Le premier concerne les coûts logistiques. L’Extrême-Nord reste l’une des régions les plus éloignées des grands centres industriels du pays. Le transport du ciment représente déjà une part importante du prix final payé par le consommateur. Lorsque les volumes disponibles diminuent, les coûts de transport augmentent mécaniquement, les camions devant parfois parcourir de plus longues distances pour s’approvisionner.
Le deuxième facteur est lié aux phénomènes spéculatifs. Plusieurs professionnels du bâtiment interrogés évoquent des comportements opportunistes observés chez certains intermédiaires qui profiteraient de la rareté du produit pour appliquer des marges exceptionnelles. Dans certaines localités, des stocks auraient été volontairement conservés dans l’attente d’une hausse supplémentaire des prix.
Enfin, l’absence d’alternatives immédiates a contribué à renforcer les tensions. Malgré l’arrivée de nouveaux producteurs sur le marché camerounais ces dernières années, l’approvisionnement du Grand-Nord demeure fortement dépendant de la production de Figuil. Toute perturbation dans cette usine se répercute presque instantanément sur les marchés régionaux.
Les conséquences sont déjà visibles sur le terrain. De nombreux particuliers ont suspendu leurs projets de construction. Des entrepreneurs affirment avoir revu leurs devis à la hausse, tandis que certains chantiers publics et privés fonctionnent au ralenti dans l’attente d’un retour à la normale.
Pour les spécialistes du secteur, cette crise met en lumière la fragilité structurelle de l’approvisionnement en matériaux de construction dans les régions septentrionales. Elle révèle également l’importance stratégique de la question énergétique pour l’activité industrielle du pays.
À court terme, l’évolution du prix du ciment dépendra principalement de la capacité des autorités et des opérateurs à rétablir un approvisionnement électrique stable permettant la reprise normale de la production à Figuil. En attendant, les habitants de l’Extrême-Nord continuent de subir les effets d’une crise qui transforme chaque sac de ciment en produit rare et de plus en plus coûteux.
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