Ruslan Obiang Nsue, l’un des fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a été condamné mardi 26 août à six ans de prison pour « abus de biens d’intérêt général » après la vente illégale d’un avion de la compagnie nationale Ceiba Intercontinental Airlines. L’affaire avait éclaté en novembre 2022 lorsque les autorités avaient constaté la disparition d’un ATR 72-500, supposé immobilisé en Espagne pour une révision technique depuis 2018.
Le verdict, qui vise un membre de la famille présidentielle souvent considérée comme intouchable, est présenté comme un signe de fermeté des autorités judiciaires. Mais la peine pourrait être suspendue si Ruslan Obiang Nsue rembourse près de 144,2 millions FCFA (environ 255 000 dollars) à la compagnie, ainsi qu’une indemnité de 14,4 millions FCFA et une amende de 5 millions FCFA à l’État. Un arrangement qui interroge sur la portée réelle de la sanction et sur l’égalité de traitement devant la justice.
Cette condamnation intervient dans un pays régulièrement pointé du doigt pour sa gouvernance familiale et opaque. La Guinée équatoriale, riche en pétrole et en gaz, figure parmi les États africains les plus critiqués pour la corruption endémique et la concentration des richesses entre les mains du clan présidentiel. Le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, demi-frère du condamné, a déjà été condamné à plusieurs reprises à l’étranger pour blanchiment et détournement de fonds publics, notamment en France et aux États-Unis.
Si certains y voient un signal d’ouverture et une tentative de redorer l’image du régime, d’autres estiment qu’il s’agit d’un épisode isolé, davantage motivé par des pressions internes et internationales que par une réelle volonté de réforme. La question reste entière : cette condamnation marque-t-elle un tournant vers une justice plus indépendante en Guinée équatoriale, ou n’est-elle qu’un nouvel exemple d’une lutte sélective contre la corruption, soigneusement calibrée pour préserver les équilibres du pouvoir en place ?

