Le Cameroun doit aujourd’hui 7,7 milliards de francs CFA à Hysacam, principal opérateur chargé de l’enlèvement des ordures dans les grandes villes du pays. Une dette stagnante depuis juin 2024, selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), qui compromet gravement la capacité de l’entreprise à remplir sa mission. Malgré le renfort de la société Thychlof Sarl dans certaines agglomérations, la situation demeure critique : les rues s’encombrent, les décharges débordent, et les citoyens en paient le prix fort, entre insalubrité croissante et risques sanitaires.
En principe, ce sont les collectivités territoriales décentralisées (CTD) qui doivent régler la facture du service rendu. Mais dans la pratique, près de 85% du financement repose sur un Trésor public à bout de souffle. Le paradoxe est d’autant plus frappant que depuis 2019, un droit d’accise spécial de 0,5% sur les importations a été instauré pour financer la collecte des déchets. Sauf qu’aujourd’hui, nul ne sait où passe réellement cet argent pourtant collecté par la douane, laissant planer de lourds soupçons de mauvaise gestion ou d’opacité.
À elle seule, la ville de Yaoundé nécessite un budget annuel de 15 milliards de francs pour un ramassage efficace, selon le directeur général de Hysacam, Jean Pierre Ymele. Une somme que l’État est incapable de garantir, même partiellement. Dans un contexte où l’environnement urbain se dégrade, cette dette devient plus qu’un problème financier : elle pose une question urgente de gouvernance et de priorité politique.
Face à une telle impasse, c’est tout le modèle de gestion des déchets au Cameroun qui semble à bout de souffle. Le silence sur la traçabilité des fonds collectés, l’incapacité chronique à honorer les engagements budgétaires, et l’indifférence apparente face à l’accumulation des ordures interrogent : jusqu’où faudra-t-il laisser pourrir la situation avant que des décisions concrètes et transparentes ne soient prises ?

