Incident de Yaoundé : quand un État voyou laisse le pouvoir aux voyous

Incident de Yaoundé : Dans un de ses articles paru dans le quotidien ukrainien Le Journal, Vassyl Symonenko, le poète de même nationalité, écrivait : « Il n’y a rien de plus terrible qu’un pouvoir illimité dans les mains d’un être borné. » Jamais cette assertion n’a été autant d’actualité, tant elle raisonne encore avec plus d’acuité au Cameroun. Le dramaturge ukrainien voulait simplement signifier qu’il n’est pas judicieux de laisser le pouvoir entre les mains des personnes insensées. Au Cameroun, cet appel est tombé entre les oreilles des sourds, car malgré les multiples dégâts commis par le passé, l’administration et les municipalités ont continué à donner le pouvoir aux individus abusivement appelés police municipale et sans véritables formations citoyennes.

Hier 17 avril, un tragique accident s’est produit devant la mairie du 1er arrondissement à Yaoundé, faisant deux morts. Un agent de la police municipale a en effet intercepté hasardeusement une moto transportant deux passagers. Malheureusement, un camion a percuté la moto, tuant les deux occupants sur le coup.

L’acte posé par l’agent de la police municipale du 1er arrondissement de Yaoundé a juste eu la malchance d’être repris en boucle par plusieurs médias et réseaux sociaux.  Mais chaque jour dans les villes du Cameroun, ces « goujats » commis par les collectivités territoriales décentralisées abusent des pauvres citoyens sous le regard impitoyable des autorités administratives et municipales. En effet, la plupart des polices municipales du Cameroun sont constituées de voyous et de sauvages sans scrupules, prêts à tout pour extorquer de l’argent aux citoyens.  Au vu et au su de tout le monde, ils affichent de jour un comportement aux antipodes de la décence attendue des vrais agents municipaux. Le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji l’a d’ailleurs reconnu. Il accuse expressément les agents des polices municipales de faire des cotisations journalières exorbitantes, dont « les montants proviennent de la raquette organisée qui consiste à exiger un montant aux conducteurs des motos taximen chaque jour pour leur accorder le passage dans la ville, y compris dans les zones interdites par le préfet ».

Combien de fois les a-t-on vus organiser des contrôles à des heures indues ? Combien de fois certains d’entre eux ont confisqué des motos qui ont disparu sans jamais être conduites au service de la voirie municipale ? Combien de fois leurs écarts de conduite ont causé la mort des citoyens dans les rues ? Les agissements de ces agents des polices municipales connus des autorités ont toujours eu la bénédiction de celles-ci. Une situation qui met en lumière les failles d’un système qui s’oppose à l’incivisme des populations, le voyoutisme d’État.  Pourtant, l’activité des agents de police municipale est régie par un décret du chef de l’État qui n’a jamais été appliqué. Comme quoi, au Cameroun, on crée les lois juste pour meubler les éditions des journaux, sans jamais les mettre en application et les conséquences sont souvent confondantes.

Si les lois existent pour réguler l’ordre social, il faut militer pour leur application et sortir de l’attentisme absurde qui consiste à laisser les gens faire pour se réveiller quand le pire a déjà été commis.

Mimi Mefo Info: Incident de Yaoundé

Joseph Essama

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