Le ministère des Travaux publics (Mintp) promet une année 2026 décisive pour les infrastructures camerounaises : près de 650 kilomètres de routes bitumées et 1 300 mètres d’ouvrages d’art devraient voir le jour, selon les projections budgétaires présentées le 8 novembre dernier. Plus de 92 % du budget du ministère seront consacrés à la construction, à la réhabilitation et à l’entretien du réseau national, dans un contexte où la qualité et la durabilité des infrastructures demeurent au cœur des préoccupations. Une ambition forte, mais qui soulève des questions quant à la capacité de l’administration à transformer les intentions en résultats concrets.
Au-delà des chiffres, le Mintp affiche une stratégie axée sur la performance et la transparence budgétaire. La réforme en cours, fondée sur la budgétisation par programmes et la digitalisation du suivi des crédits, vise à renforcer la traçabilité des dépenses publiques et à limiter les dérives souvent dénoncées dans la gestion des grands chantiers. Cette mutation administrative, présentée comme une avancée vers une meilleure gouvernance, devra toutefois démontrer son efficacité face à des contraintes structurelles persistantes : lenteur dans l’exécution des travaux, sous-financement chronique et faibles capacités de contrôle sur le terrain.
Les conférences budgétaires conjointes avec le ministère des Finances (Minfi) et celui de l’Économie (Minepat) ont également acté une hausse de 4,6 milliards de FCFA des ressources allouées à l’entretien du réseau communal : soit une progression de près de 39 %. Cette augmentation vise à soutenir la stratégie nationale des routes en terre, qui prévoit l’entretien de 2 000 km de routes rurales, dont près d’un quart avec des produits stabilisants. Un effort salué par les collectivités locales, mais qui reste modeste au regard de l’ampleur des besoins, notamment dans les zones enclavées où l’accès aux marchés et aux services publics dépend d’axes encore impraticables une bonne partie de l’année.
En toile de fond, ce plan d’investissement traduit la volonté politique d’aménager plus équitablement le territoire et de réduire les fractures régionales. Pourtant, la réussite de cette ambition dépendra moins des annonces que de la rigueur dans leur mise en œuvre. Entre ambitions affichées et réalités budgétaires, le Mintp joue une partie essentielle : celle de la crédibilité de l’État en matière de gestion des infrastructures publiques, dans un pays où chaque kilomètre de route asphaltée reste un enjeu de développement et de cohésion nationale.

