La scène est inhabituelle. Issa Tchiroma Bakary, figure familière du paysage politique camerounais, ancien ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, et actuel ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, ne mâche plus ses mots. Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, il s’en prend ouvertement au régime qu’il a longtemps défendu.
C’est un discours brut, sans filtre. Devant ses militants réunis dans le Grand Nord, le ministre évoque la misère persistante, le chômage endémique et la désespérance des jeunes. Il appelle à une prise de conscience collective et exhorte à rompre avec l’immobilisme.
« Toute personne qui vous invite à voter pour ceux qui causent votre malheur est votre ennemi », martèle-t-il.
Dans une région longtemps restée fidèle au pouvoir en place, cette sortie publique a fait l’effet d’un séisme. Le ton est grave, le message clair : il faut changer de cap.
Le président du FSNC décrit sans détour la réalité sociale : jeunes désœuvrés, filles sans espoir de mariage faute de partenaires stables, concours administratifs verrouillés, et absence d’investissements publics notables. Il accuse nommément le système en place de perpétuer un cycle d’abandon et de misère.
« Si demain je vous demande de voter pour ceux qui vous maintiennent dans cette situation, considérez-moi comme votre ennemi », lance-t-il à la foule, entre colère et émotion.
Ce revirement, s’il marque un tournant politique, reste empreint d’un appel à la mobilisation pacifique. L’ancien ministre invite les siens à s’inscrire massivement sur les listes électorales pour peser dans les urnes.
« Dieu peut faire tomber la pluie, mais ce n’est pas lui qui sèmera. »
Cette métaphore, tirée de la culture populaire, résume l’esprit de son intervention : après quatre décennies de résignation, l’heure serait venue de prendre son destin en main.
En filigrane, un message se dessine : Issa Tchiroma ne renie pas le passé, mais il réclame un avenir différent.

