La polémique enfle au Cameroun après la publication, le 17 novembre, d’une lettre ouverte de Jean Claude Mbede Fouda adressée au Commissaire du Gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé. Dès les premières lignes, l’auteur fustige une justice « de deux poids, deux mesures », où la sévérité ou la clémence varierait selon la proximité des prévenus avec le pouvoir. Il s’indigne notamment de voir Bruno François Bidjang circuler librement sous caution alors qu’il est accusé de faits « d’une gravité exceptionnelle », tandis que de nombreux citoyens, parfois poursuivis pour de simples actes civils ou des marches pacifiques, continuent de croupir en détention.

Dans sa lettre, Mbede Fouda rappelle que Bruno Bidjang est poursuivi pour « complicité dans le meurtre du jeune Bryan Fombor », une affaire impliquant également son épouse, ainsi que pour sa garde à vue dans le cadre de l’enquête sur « le meurtre sauvage du journaliste Martinez Zogo ». Le citoyen s’interroge sur les conditions d’une liberté sous caution accordée à un homme qu’il décrit comme désormais « perçu comme gérant les affaires de son patron », lui-même incarcéré et présenté comme un « ultra-milliardaire servant de prête-nom à de nombreux dignitaires du régime ». Une situation que l’auteur juge incompatible avec l’exigence de transparence et d’équité qui devrait guider la justice militaire.
L’auteur va plus loin en redoutant une possible instrumentalisation politique de l’appareil judiciaire. Il rappelle que Bruno Bidjang a récemment œuvré « comme propagandiste et lanceur d’alerte lors de la dernière élection présidentielle », soutenant activement le président sortant. Pour Mbede Fouda, cette implication pourrait aujourd’hui se traduire par une forme d’impunité : « Le peuple camerounais craint que cette implication ne soit récompensée par une impunité, menant à la libération d’un individu accusé de crimes crapuleux », écrit-il, avant de demander une « clarification immédiate » sur l’état des procédures, ainsi qu’une accélération des audiences.
Le contraste entre le traitement réservé au prévenu et celui infligé à d’autres ressortissants est, pour l’auteur, le symbole le plus flagrant d’une justice déséquilibrée. Il cite notamment « des centaines de jeunes citoyens incarcérés » pour des marches démocratiques et le cas d’Olivier Bibou Nissack, « emprisonné depuis cinq ans (…) pour un acte civil ». Pendant ce temps, affirme-t-il, « celui qui mérite la prison est en liberté » et se déplacerait même « sous l’escorte d’honneur de la police nationale ». Un tableau alarmant, qui pousse Mbede Fouda à exhorter le Tribunal militaire à « des actes forts » afin de restaurer la confiance des citoyens dans une institution minée, selon lui, par la perception d’une justice sélective et politisée.
