Près de 60 millions de FCFA ont été recouvrés à Yaoundé à la suite d’une opération coup de poing de la Commission nationale anti-corruption (Conac) menée les 5 et 6 septembre 2025. Selon son président, Dieudonné Massi Gams, sept personnes ont été interpellées, parmi lesquelles des responsables de stations-service, accusés de corruption, de détournement de fonds publics et de violation des directives ministérielles encadrant la distribution du pétrole lampant.

Cette descente musclée survient un mois après la circulaire du ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, qui a réduit la quantité maximale autorisée par usager de 100 à 10 litres. Objectif : couper court aux pratiques frauduleuses consistant à détourner ce carburant subventionné (vendu à 350 FCFA le litre pour les ménages) vers des acteurs économiques comme les boulangeries, les industries ou encore les sociétés minières et forestières, qui devraient normalement s’approvisionner au prix de 560,19 FCFA/litre auprès de la SCDP.
Derrière ce coup de filet, c’est tout un système de prédation qui est mis en lumière : des réseaux organisés profitent de la faiblesse des contrôles pour alimenter un marché parallèle, au détriment des populations. Pour de nombreux ménages, l’accès au pétrole lampant, indispensable pour cuisiner ou s’éclairer, devient un parcours du combattant, entre files d’attente interminables et ruptures de stock artificielles. La Conac dénonce une pratique qui « porte gravement atteinte aux plus vulnérables », rappelant que la subvention publique est conçue pour soulager les foyers et non pour enrichir des intermédiaires peu scrupuleux.
Mais au-delà du chiffre annoncé (59 951 400 FCFA récupérés) la question de l’efficacité des contrôles reste entière. Ces opérations ponctuelles, spectaculaires, ne suffisent pas à enrayer un phénomène profondément enraciné dans les circuits de distribution et soutenu par des complicités en haut lieu. Pour que la mesure tienne dans la durée, il faudra plus qu’une opération coup de poing : une réforme structurelle, une transparence réelle dans la chaîne d’approvisionnement et, surtout, une volonté politique ferme de briser les rentes illicites qui prospèrent sur le dos des consommateurs.
